Faut-il douter pour philosopher? (TL)

Première copie de l'année pour cette élève de TL. Note obtenue : 15/20. Je précise que toute note est à relativiser car elle dépend de la classe et du moment : ce devoir aurait été largement plus développé en fin d'année, et aurait mérité à être nourri des sceptiques et de Descartes...

Je précise que cette élève a obtenu 16/20 au bac (session 2006), et est maintenant en prépa littéraire.


Introduction

L’idée première de la philosophie est de remettre en question ses opinions qui ne sont que des idées préconçues, or il paraît difficile d’imaginer une méthode autre que le doute pour cette remise en question. En effet, comment pourrait-on philosopher sur la religion, c’est à dire avoir une vérité objective dessus, sans douter de sa propre religion? Cet état d’incertitude qu’est le doute paraît donc essentiel à la philosophie. Mais d’un autre côté, ne pourrait-on pas fixer des limites aux vertus du doute? La philosophie est censée nous permettre d’accéder à la paix de l’esprit, mais on peut se demander de quelle manière on peut être en paix si on se pose constamment des questions, si à force de douter on n’arrive plus à faire des choix. Se pose donc la question de savoir si le doute permet de développer un esprit critique ou s’il mène à un état d’irrésolution où il nous est impossible de faire des choix.

Première partie

Le principe de la philosophie est une remise en question constante du monde qui nous entoure dans le but de le comprendre mieux et de se sentir en paix avec lui. Or la méthode la plus utilisée pour se débarrasser de ses opinions est le doute. Cet état d’incertitude n’est que provisoire, c’est par lui qu’on va pouvoir accéder à la vérité, à la raison c’est à dire à une certaine objectivité dans la découverte du vrai.


Pour comprendre cela reprenons les idées développées par Platon dans l’Allégorie de la caverne, nous sommes dans une société gouvernée par les sens et nous sommes comme enchaînés à nos opinions, la philosophie va nous permettre en doutant de nos opinions de nous libérer de nos « chaînes » et accéder au monde de la connaissance donc de l’exactitude et par conséquent la vérité. Chaque individu est soumis à une culture, à un enseignement, un passé, c’est ce qu’on appelle le dogmatisme, une doctrine qui s‘oppose au doute. Mais par la méthode du doute, chaque individu peut justifier ses opinions qui deviendront alors un savoir, à partir de là naîtra un esprit critique qui s’apparente à la liberté, puisque par définition un esprit critique n’est soumis à aucune autorité. On trouve de nombreux exemples des résultats positifs de la méthode du doute, en effet, comment la société aurait pu évoluer si personne n’avait un jour douté?


Vivre dans l’opinion revient à vivre dans l’immédiateté, l’intuition, or pour se débarrasser de l’immédiateté, le raisonnement semble la méthode la plus appropriée, cela suppose un cheminement, une démonstration. Or cette méthode ne serait rien sans le doute, celui-ci est le point de départ de tout raisonnement, c’est la méthode de Descartes, le doute méthodique. Il s’agit donc de passer par un état d’incertitude pour pouvoir ensuite accéder à la certitude. Lorsqu’une idée résiste au doute, elle est nécessairement vraie. On retrouve ici un raisonnement scientifique, il faut d’abord émettre une hypothèse, la vérifier en lui faisant passer l’épreuve du doute dans le cas de la philosophie et des expérience pour les scientifiques et on pourra ensuite considérer cette hypothèse comme vérité.

Le doute semble donc nécessaire en philosophie puisque c’est par lui que l’on va pouvoir accéder à la vérité. C’est ce qui va permettre aux Hommes de parvenir à une paix intérieure, c’est l’ataraxie, et donc par voie de conséquence au bonheur, or le bonheur n’est-il pas ce que cherche tous les Hommes et plus particulièrement les philosophes?

Deuxième partie

La philosophie mène au bonheur, or on a besoin du doute en philosophie, mais le doute incessant ne mènerait-il pas au malheur? Il serait donc contraire au but premier de la philosophie.

Puisque pour philosopher, on part du doute, à force de pousser le doute, on en arrive à être incertain de tout, et finalement, la vérité nous reste inconnue car notre raisonnement ne peut se baser sur aucune certitude. En effet pour vérifier une hypothèse il faut la prouver mais une preuve se fonde toujours sur autre preuve on entre très vite dans un cercle où il n’y a pas de sortie. Demeurer dans l’incertitude peut se rapprocher du malheur car l’âme est sans arrêt en quête de quelque chose, elle ne peut se reposer.


On retrouve ici la thèse sceptique selon laquelle l’homme n’est pas capable de trouver la vérité, il ne peut rien savoir avec certitude, les sceptiques sont donc constamment dans le doute. Ils prônent une suspension du jugement, ils n’affirment rien pour vrai ou faux. Mais cette philosophie paraît difficile à suivre dans la vie courante, en effet, si je pousse le doute ainsi, je doute de la réalité des choses qui m’entoure et je ne peux donc plus vivre. Comme je ne peux être sûr de rien, je ne sais pas si ce que je ressens est réel ou si c’est juste une illusion de mes sens. Le doute constant mène donc à de la paranoïa. Le doute absolu mène aussi à une sorte de fermeture de l’esprit, car on a l’impression que tout ce qui nous entoure n’est que manipulation et mensonge, tout est trop ancré dans la subjectivité et les livres d’histoire ne sont peut-être que pure spéculation. Le doute sceptique revient à ne prendre aucune décision, on est dans l’impossibilité de faire des choix. La philosophie sceptique nous montre elle-même ses limites, puisque les philosophes sceptiques eux-mêmes ne suivent pas la suspension du jugement dans leur vie quotidienne, ils considèrent qu’ils sont obligés de se fier à leurs sens malgré tout et ils acceptent de tolérer les opinions.


En poussant le doute à son paroxysme on voit bien que les esprits sont tourmentés par de multiples questions et donc qu’ils sont voués au malheur ; or ce serait manquer au but ultime de la philosophie qui est d’atteindre l’ataraxie, la paix de l’âme. Le doute absolu semble s’opposer à la philosophie.


Conclusion

Nous avons vu dans un premier temps que selon la définition de la philosophie qui recherche la vérité, le doute est une arme incontestable, c’est la méthode qui permet d’accéder à cette vérité. Mais dans un second temps, on s’est aperçu que le doute pouvait donner l’effet inverse de celui recherché quand on le poussait trop loin, car douter de tout et refuser de se fier à nos sens mène à un tourment de l’esprit. Le doute est donc indispensable en philosophie car c’est lui qui va nous permettre de remettre en question nos opinions mais il faut aussi savoir limiter la philosophie et se fier à nos sens pour réussir à vivre en paix avec le monde qui nous entoure.


Copyright © Philocours.com 2017