Les Passions et le Désir Toutes Séries

Plan


La passion nous éloigne-t-elle de la réalité ?

Passion

a) sens le plus usité en philosophie : monomanie, sentiment obsessionnel dans lequel on ne pense qu’à une seule chose et à une seule personne et ne s’intéresse à rien d’autre (avarice, jalousie, amour-fou, passion du jeu, etc.) (Kant, stoïciens, etc. = parlent de maladie de l’âme) ; sens négatif (NB : le sens commun du mot passion peut se « ranger » ici car il peut devenir une obsession)

b) sens plus général : tout ce qui participe du sentiment en général ; un sentiment est quelque chose qui est ressenti en nous-mêmes, mais dont on n’est pas à l’origine : ça nous arrive, on ne choisit pas d’avoir un sentiment ; ici, on mettre sous le genre « passion », l’émotion et la sensation (rapport entre l’âme et le corps, et rapport entre l’âme et le monde). C’est ce qui fait que le monde a une valeur pour l’homme, et même tout simplement que le monde lui est présent. L’homme est affecté, touché, modifié, par le monde extérieur… C’est le sens qu’utilise Descartes dans son Traité des passions de l’âme ; sens positif : pour Descartes, émotions et sensations nous permettent de savoir comment agir dans le monde, et ce, de façon immédiate, sans faire exercice de sa raison (ce qui prendrait du temps) ; cf. rôle de la peur (nous incite à fuir face à un danger) et rôle de la sensation (nous prévient aussi parfois de certains dangers, par exemple ne pas manger de la viande qui a une drôle d'apparence et qui sent mauvais). Le phénomène passionnel peut être négatif, cf. avoir peur de tout de manière inconsidérée, mais cette négativité ne lui est pas essentielle…

Eloigner de la réalité :

Réalité :
a) réalité au sens de monde extérieur, de ce qui nous entoure
b) réalité au sens de société
c) réalité au sens de « nature véritable, profonde, de la réalité » (sens métaphysique)

Eloigner de :
a) nous trompe quant à la nature véritable de la réalité, la déforme (question théorique)
b) nous fait faire n’importe quoi, nous fait commettre des actes inconsidérés, nous coupe de nos semblables (question pratique)

Si a) alors passion = illusion ; si b) alors passion = déséquilibre, folie. Problème, fil directeur : la passion est-elle déséquilibre de l’esprit ? est-elle quelque chose de l’ordre de l’illusion ?

Exemple d’introduction (très, très, scolaire- le but est de vous montrer que ce qu’on attend avant tout c’est que vous reformuliez l’énoncé, et déterminiez une problématique):

« On nous demande ici si la passion nous éloigne de la réalité. La passion nous empêcherait donc de voir la réalité telle qu’elle est vraiment (premier sens, théorique), mais également, nous ferait commettre des actes inconsidérés, nous ferait faire n’importe quoi (second sens, pratique), ou encore, elle nous rendrait inaptes à la vie en société. Dans le premier sens de l’expression, la passion est de l’ordre de l’illusion ; dans le second sens, la passion est de l’ordre du déséquilibre, de la folie. Toute passion est-elle donc illusion, déséquilibre ? Cette thèse semblerait effectivement aller de soi, car la définition classique des passions ne désigne-t-elle pas un sentiment excessif, obsessionnel (monomanie), que les philosophes ont coutume d’appeler « maladie de l’âme » ? Pourtant, la passion n’est-elle pas aussi, de façon générale, tout ce qui nous rend sensibles au monde, ce qui fait que le monde a une certaine valeur ? Ainsi, plutôt que de dire que la passion nous éloigne de la réalité, ne faudrait-il pas mieux dire qu’elle nous en rapproche ?

Exemple de plan (« dialectique »):

I- Si sens 1) du mot passion alors on répond oui, au sens à la fois théorique et pratique, cf. Othello d’Hamlet (drame de la jalousie qui fait voir à l’amoureux jaloux autre chose que ce qui est réellement ; et le pousse à commettre un acte contraire à son but : se faire aimer de Desdémone et vivre heureux avec elle) –définition kantienne ou stoïcienne

II- Mais toute passion n’est pas « obsessionnelle » ; si passion = sens 2 alors on répond que non (surtout au sens pratique ; on répondra que le sens théorique est ici hors sujet : une passion ne représente rien, il s’agit de vivre quelque chose) –définition cartésienne

III- Mais on reste un peu sur notre fin : les passions au sens 1) restent toujours négatives au regard de la réalité ! On pourrait dire cette fois que les passions dans ce qu’elles ont de plus excessif et au premier abord de plus négatif, sont ce qui nous permet au contraire de construire la réalité : que serait le monde sans hommes dévorés par leurs ambitions, comme par exemple Napoléon ? (en satisfaisant son désir de pouvoir, est indirectement à l’origine de l’Etat moderne). Justification philosophique : recours à la thèse de Hegel selon laquelle rien de grand ne s’est fait dans le monde sans passion. Les hommes agissent naturellement en satisfaisant leurs intérêts les plus égoïstes, leurs passions, etc. Mais au bout du compte, cela donnera quelque chose de bien : ça va donner lieu à l’avènement de la liberté, de la raison. Hegel parle de « ruse de la raison », laïcisation de la thèse selon laquelle il y aurait un plan caché de Dieu derrière tout ce que font les hommes. La raison, véritable sujet de l’histoire, guide les hommes à leur insu et à travers leurs passions, vers la création d’un monde rationnel.