L'existence Série L

Plan


Sujets

Concepts essentiels

Etre et exister
Vivre et exister


Sujets

Exister, est-ce simplement vivre ?

L'existence a-t-elle un sens ?

L'expression : "le sens de la vie" a-t-elle un sens ?

Concepts essentiels

Etre et exister

Dans le langage courant, on emploie les termes d’exister et d’être comme synonymes.

Ainsi je dis que « j’existe » ou que « je suis » (cf. d’ailleurs l’énoncé du cogito cartésien : ne dit pas « je pense donc j’existe » mais « je pense donc je suis »). Je dis que la table « est » ou « existe »…

Je dis à l’inverse que quelqu’un qui est mort n’est plus de ce monde, ou bien n’existe plus ; que le centaure ou que le cercle carré ne sont des entités que fictives ou imaginaires, qu’ils n’existent pas.

Bref : être et exister sont des stricts synonymes : exister = le fait d’être.


Problème : mais que veut dire le mot « être » ?

L’être d’une chose désigne son existence, ou bien son essence.

On distingue souvent ce qu’une chose est (ses caractéristiques = son essence ou sa définition) et le fait qu’elle est (qu’elle existe).

L’existence serait un prédicat parmi d’autres de l’essence. Exemple : un dictionnaire donnera les caractéristiques de l’ornithorynque, et ajoute que cet animal existe puisqu’on l’a découvert en Australie à telle époque. Les prédicats exister ou ne pas exister, être réel ou fictif, sont des propriétés parmi d’autres des réalités qu’on veut définir.


Un des grands problèmes métaphysiques consiste à se demander si on peut trouver dans l’essence d’un être une raison d’être de son existence (ou : contingence et nécessité)

Bref, si on peut rendre raison de l’existence, si on peut l’expliquer (à la fois ce qu’elle est et aussi qu’elle est). Cf. célèbre question de Leibniz : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?).

Réponse immédiate : on ne peut rendre raison de l’existence car l’existence est contingente.

Réponse philosophique au 17e : il y a au moins un être dont l’existence qui peut se déduire de son essence, c’est Dieu. Le concept d’un être parfait implique qu’il possède toutes les perfections ; or l’existence fait partie des perfections, donc l’être parfait existe, donc Dieu existe.

Critique : cf. Kant : l’existence ne se laisse pas réduire à un raisonnement logique. On la constate ; on peut l’expliquer à partir d’un enchaînement limité de causes (« cela n’aurait jamais existe s’il n’y avait pas eu… ») ; mais on ne peut pas la déduire de toute nécessité (cela devait exister). L’existence n’est donc pas un prédicat parmi d’autres !

Kant affirme dans la Critique de la Raison Pure que l’existence n’est pas un prédicat.

Kant, Critique de la raison pure, Ed. Puf Quadrige, pp. 429-30

« Etre n’est évidemment pas un prédicat réel, i.e., un concept de quelque chose qui puisse s’ajouter au concept d’une chose. C’est simplement la position d’une chose ou de certaines déterminations en soi. Dans l’usage logique, ce n’est que la copule d’un jugement. Cette proposition : Dieu est tout-puissant, renferme deux concepts qui ont leurs objets : Dieu, et toute-puissance ; le petit mot « est » n’est pas du tout encore par lui-même un prédicat, c’est seulement ce qui met le prédicat en relation avec le sujet. Or, si je prends le sujet (Dieu) avec tous ses prédicats (dont la toute-puissance fait partie) et que je dise : Dieu est, ou il est un Dieu, je n’ajoute aucun nouveau prédicat au concept de Dieu, mais je ne fais que poser le sujet en lui-même avec tous ses prédicats (…)
Quand donc je conçois une chose, quels que soient et si nombreux que soient les prédicats par lesquels je la pense (même dans la détermination complète), en ajoutant, de plus, que cette chose existe, je n’ajoute absolument rien à cette chose. (…)
Par conséquent, la preuve ontologique (cartésienne) si célèbre, qui veut démontrer par concepts l’existence d’un Etre suprême, fait dépenser en vain toute la peine qu’on se donne et tout le travail que l’on y consacre ; nul homme ne saurait, par de simples idées, devenir plus riche en connaissances, pas plus qu’un marchand ne le deviendrait en argent, si, pour augmenter sa fortune, il ajoutait quelques zéros à l’état de sa caisse. »

Si vous décrivez une chose de façon complète, vous n’ajoutez rien à cette description en disant “et elle existe”. L’existence n’est pas un concept, un attribut de l’objet à côté des autres. C’ est juste une façon de dire qu’il y a la chose, avec toutes ses qualités. Ainsi n’y a-t-il pas de différence entre le concept de « 100 thalers » dans votre imagination, et le concept de « 100 thalers » dans votre porte-monnaie. Seulement, dans un cas, ils existent, et dans l’autre, ils n’existent pas. Et une existence n’est pas quelque chose qui se définit, qui se déduit, mais quelque chose qui se constate. Si je dis : « cette chaise existe », le concept d’exister ne se déduit pas de la définition de la chaise. Je ne peux pas tirer par analyse l’existence de la chaise de sa définition .

C’est d’ailleurs pour cette raison que Sartre oppose être (ou essence) et existence en disant que l’homme existe mais n’est pas (ou est un néant) –sens contemporain du terme « exister »

L’homme existe mais n’a justement pas de raison d’être inscrite dans son existence. L’être existant vraiment est celui qui se donne à lui-même sa propre définition. Donc : seul l’homme existe.

Cf. Sartre

Dans ce texte, l’analogie avec un objet technique (ici le coupe-papier) permet de poser, assez schématiquement, l’opposition conceptuelle existence/ essence. L’essence du coupe-papier précède, à la fois logiquement et chronologiquement, son existence. Cela signifie que la définition de l’objet (ce qu’il est), sa finalité (ce à quoi il sert), sa structure (ce qui le compose), les moyens utilisés pour le produire, existent dans le projet de l’artisan ou de l’ingénieur, avant que l’objet n’apparaisse à l’existence. La conséquence majeure est que l’objet n’est réellement lui-même que s’il copie son essence. Tout écart par rapport à elle serait un « vice » (vice de fabrication, de conception, d’utilisation). L’objet est ainsi déterminé à être ce qu’il est.

La pensée religieuse obéit au même schéma. Un Dieu créateur impose à l’homme le modèle qu’il doit suivre durant sa vie. Certes, à la différence de l’objet technique, l’homme possède une liberté : la liberté du mal, du péché, de la faute, la liberté de s’écarter du modèle. Mais il n’a pas celle de créer le modèle. Pour Sartre ce n’est pas encore la liberté.

Sa position consiste à affirmer que l’homme n’a pas d’essence : l’homme existe d’abord ; aucune raison naturelle, historique, métaphysique, ne peut donner une nécessité à son existence. Existant, il doit se définir lui-même, après-coup.

Pour l’homme au moins, l’existence précède l’essence.

Qu’il ait à se choisir, telle est la liberté à laquelle l’homme est condamné.

Conclusion : être n’est pas synonyme d’exister.


Vivre et exister

Mais alors, dira-t-on qu’exister c’est la même chose que vivre ?

On distingue en effet communément une chose vivante d’une chose inerte ; et on dit qu’une chose qui est dotée de vie a pour caractéristique de ne pas être figée dans ses possibilités.

Problème : n’y a-t-il pas une certaine nécessité à l’œuvre dans l’organisme vivant ? Vivre, cela ne consiste-t-il pas tout simplement à croître, à se maintenir en vie ? A végéter ? On est loin de l’existence ! On dira qu’un légume vit mais qu’un philosophe en pleine possession de ses moyens existe !

On ne devrait donc pas parler d’une vie digne d’être vécue mais d’une existence… Du sens de l’existence et pas de la vie…