La Conscience Toutes Séries

Plan


Cours

Premier groupe

Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?

Suis-je le mieux placé pour savoir ce que je suis ?

La connaissance de soi peut-elle être sincère ?

Que peut-on connaître de soi-même ?

Deuxième groupe

Qui parle quand je dis "je" ?

Suis-je le même en des temps différents ?

Troisième groupe

L'homme n'est-il qu'un animal conscient ?

L'attention est-elle la caractéristique essentielle de la conscience ?

1) Il s'agit donc le plus souvent du problème de la connaissance de soi, de l'introspection. Rejoint la notion d'inconscient.

2) Cette question rejoint une autre question, celle de savoir ce que je suis, moi qui suis conscient que je suis (problème du "moi", de l'identité personnelle); "avoir conscience" renvoie ici à "être une conscience". cf. dualisme cartésien, distinction monde intérieur et extérieur...

3) On trouve également des sujets plus généraux, ayant trait à l'attitude de l'homme face au monde extérieur. Il s'agit, non spécifiquement de l'emploi "être une conscience", mais de ce que signifie "avoir conscience de". C'est savoir qu'on perçoit, c'est se distinguer du monde extérieur, etc.

Problème le plus important : 1 (et par extension, 2)

Comme ce problème prend sa naissance chez Descartes, on va partir de sa thèse, et on va en chercher les conséquences. On critiquera cette thèse, dans un devoir, soit parce qu'elle comporte une conséquence intenable, ou parce qu'elle rencontre un problème insoluble, ou bien, enfin, en s'attaquant à son présupposé. Pour chaque thèse d'un auteur, vous allez devoir inscrire par quoi l'attaquer : le jour du bac, vous gagnerez du temps ! En faisant ce travail, ayez sans arrêt les yeux sur les sujets de dissertation proposés (à quoi me servirait Descartes dans tel sujet ? Et qu'est-ce que je lui objecterais ?)

Les grands auteurs

Descartes

Oeuvre,  texte

Méditations métaphysiques, 1 et 2; résumé dans Discours de la méthode, IV

Contexte présupposés

Projet : recherche de la vérité

Moyens d'y arriver :

 - rejet de tout argument d'autorité (je cherche la vérité à partir de moi-même)

- doute méthodologique ou "hyperbolique" (je vais examiner tout ce que je dis connaître à travers le doute hyperbolique : dès qu'il y aura le moindre doute, je ferai comme si c'était faux)

Thèse :

Le cogito

Je ne suis certain que d'une chose : c'est que je suis, moi qui pense. Pourquoi ? Parce que je ne peux douter que je pense, mais seulement de la réalité de ce que je pense. Conséquence : je suis le fondement de toute certitude, de toute connaissance (philo du sujet)

Par ailleurs, je suis également certain d'être une chose seulement pensante, car si je ne peux douter d'être une pensée, je peux douter de mon corps, comme du monde extérieur. Je suis donc réductible à ma pensée, qui est complètement distincte du monde extérieur (dualisme).

Intérêt : Descartes nous permet donc de comprendre pourquoi l'introspection peut être une connaissance à part, douée d'un privilège que n'a pas celle du monde extérieur. La conséquence d'une telle conception sera d'ailleurs l'idéalisme (abolition d'un monde extérieur à la conscience). On parle de la naissance des philosophies du sujet : philosophie qui recherche la vérité en se basant sur l'introspection, sur la réflexion sur ce qui apparaît à la conscience. Conception de l'homme : toute puissance sur lui-même... Pure conscience (souvent synonyme d'"esprit", de "moi").

Limites : la conception d'une conscience complètement indépendante et différente du monde extérieur et des autres est-elle vraiment tenable ? (Kant, Sartre) Pourrions-nous être conscients de nous-mêmes, et être nous-mêmes, sans médiations ? (Kant, Sartre, phénoménologie) Et sommes-nous seulement ce dont avons une conscience immédiate ? (Hume, Freud)

On pourra attaquer Descartes par la critique du dualisme; et par son identification du "je" qui pense à une substance pensante

Conséquences ...

Descartes

Critiques

   Epistémologique

(que puis-je connaître ?)

- on peut se connaître soi-même avec certitude (et c'est la seule certitude)

- conscience = fondement de toute connaissance (philosophies du sujet)

- on ne peut pas connaître le monde extérieur avec certitude

Freud (inconscient domine conscience qui n'a donc pas accès à tout son être)

Kant (sujet transcendantal = je ne peux avoir conscience de moi-même sans avoir conscience de quelque chose hors de moi; je ne peux avoir conscience de moi-même)

Ontologique

(qu'est-ce que je suis ?)

- nous sommes tout ce dont nous avons conscience et même, nous sommes une conscience (conscience = "moi"= "sujet")

- conscience = sorte de monde intérieur replié sur lui-même; pas besoin du monde extérieur pour être et se connaître

Hume, Freud

Kant, Husserl

Social

(quels sont mes rapports avec les autres, avec la société ?)

- homme pas nécessairement un être social; n'a besoin que de lui-même pour être et se connaître;

- existence d'autrui = douteuse et sa connaissance, médiate

Sartre, Merleau Ponty; Freud

Hume (18e)

Oeuvre, texte

Traité de la nature humaine, I, IV, vi

Contexte, présupposés

Empirisme : comment connaissons-nous ? que pouvons-nous connaître ?

Nous ne pouvons rien connaître que ce dont nous pouvons faire l'expérience. Toutes nos idées sont issues d'impressions (sensations) primitives, qu'elles recopient ("principe de copie").

On sait si une idée correspond à quelque chose de réel, ou est une fiction, en cherchant si elle correspond à une "impression", à quelque chose qu'on peut sentir.

Thèse : je ne peux saisir, par introspection, mon "moi", car il n'existe rien de tel que le moi

Le moi, c'est l'idée de quelque chose qui reste identique à travers le temps, et qui est quelque chose de simple. Or, je ne fais pas l'expérience de quelque chose de tel : si je me concentre, je ne rencontre que des perceptions changeantes... Il n'y a donc rien de tel que le "moi". Nous ne sommes que des collections de perceptions. Il n'y a rien qui se cache derrière celles-ci.

Pourtant, on a bien l'impression que nous sommes "quelqu'un", que tout ce qui nous arrive, arrive à quelqu'un. J'ai le sentiment d'être une seule et même personne. Mais Hume explique que ce sentiment (erroné) vient du fait que, dans la vie courante, nous ne faisons pas attention aux différences entre les perceptions qui se suivent l'une l'autre d'une manière très rapide : nous sentons un flux continu, là où il n'y a que discontinuité. C'est un penchant de la nature humaine. Nous sommes faits comme ça !

L'erreur de Descartes est donc d'avoir pris une croyance pour une réalité.

Par où l'attaquer

- par son présupposé empiriste

- le sentiment dont il nous parle pour expliquer la manière dont nous en venons à forger la fiction du "moi", n'est-ce pas quelque chose de l'ordre de l'expérience ?

- critique morale : si nous ne sommes pas des personnes réelles, alors, de quoi pouvons-nous être responsable ? Sans notion de "personne", il n'y a plus de morale, plus de crime... Nous ne pourrions ni vivre ni agir sans cette croyance : argument type "sélection naturelle" : il semble que nous ayions de bonnes raison d'y croire; si c'est une illusion, elle est profitable à l'espèce humaine !

Kant (18e)

Oeuvre, texte

Critique de la raison pure : esthétique transcendantale, §8, remarque 1 et réfutation de l'idéalisme; critique de la psychologie rationnelle

Contexte, présupposés

- critique de la métaphysique (dogmatique)

- remplacée par une philosophie transcendantale, qui étudie les conditions de possibilité de l'expérience (comment puis-je connaître ?)

- distinction phénomènes et chose en soi : je ne peux connaître les choses que telles qu'elles m'apparaissent, en vertu de la constitution de mon esprit, mais pas telles qu'elles sont indépendamment de ce "point de vue humain"; mais cela ne veut pas dire que notre connaissance est illusoire, puisque cette structure de mon esprit est ce qui rend possible l'expérience

Thèse L'introspection n'est donc pas la connaissance d'une entité spéciale, le "moi", mais de notre connaissance de quelque chose... (j'ai conscience, ou connaissance, de moi-même, comme me rapportant à quelque chose d'extérieur).

Deux premiers textes : je ne peux avoir conscience de moi-même sans avoir conscience de quelque chose d'extérieur à moi. Je ne peux donc exister seulement comme substance pensante, et les contenus de ma conscience n'ont pas de contenu "privé" (je me représente toujours quelque chose d'extérieur à moi). La conscience de soi, comme connaissance de soi, n'a donc rien de privilégié par rapport au monde extérieur ; de toute façon, comme chez Hume, je ne rencontre nulle part un "moi", mais seulement des perceptions.

Mais chez Kant, la notion de conscience renvoie quand même à ce qui fait que j'ai une unité. Son privilège consiste en cela même : elle consiste à unifier toutes nos représentations, tout ce qui nous arrive, et à rapporter tout cela, non au monde extérieur, mais à soi-même. Mais c'est seulement la condition nécessaire de toute expérience. Ce n'est pas le moi substantiel dont nous parlait Descartes. C'est ce que Kant appelle le "sujet transcendantal". Descartes aurait confondu une structure de l'esprit, une "forme" de la pensée, avec une chose réelle ("sujet logique"/ "sujet réel") : cf. troisième texte

Deux exemples de sujets

L’attention est-elle la caractéristique essentielle de la conscience ?

Fil directeur possible (problématisation) : peut-on avoir conscience de quelque chose sans s’en rendre compte (reformulation du sujet) ? Par suite, toute conscience est-elle accompagnée de pensée, d’un retour sur soi de la pensée, de la perception, ou de l’action ? Et par suite encore, suppose-t-elle un sujet pensant, un esprit humain ? Ou bien peut-on parler de conscience « immédiate », non attentive, non réfléchie, et alors, la conscience se trouve aussi chez l’animal ?

I- On montre d’abord que l’attention fait partie du concept de conscience

- analyse de la notion d’attention (en vue de montrer que « attention » et « conscience » sont synonymes : c’est remarquer, apercevoir, saisir que… = présence de la pensée ; l’homme réfléchit à ce qu’il fait ou pense, se rend compte qu’il fait quelque chose ou qu’il pense à quelque chose

- cf. conscience réfléchie

- distinction animal/ homme

- avec Descartes : avoir conscience est la même chose que penser

II-  Pourtant, toute conscience est-elle attentive ?

A- N’y a-t-il pas plusieurs formes de conscience ?

B- Et faisons-nous bien attention à tout ce qui se passe en nous ?

Cf. Leibniz (toute conscience n’est pas attentive : il y a deux sortes de conscience ; la conscience attentive émerge même d’une conscience non attentive, et est sélective, donc, ne fait pas attention à tout), et Freud

III- Cependant, est-ce que la forme non réfléchie de la conscience peut légitimement être nommée « conscience » ? A ce compte, toute sensation est une conscience, car elle est « présence au monde »…