La Justice Question

Plan

Introduction :

I- Le risque de référer la justice à la justice naturelle : Kant, et Hobbes (objectivité versus subjectivité).

A- Kant.

B-Hobbes : le positivisme juridique.

II- Ainsi (suite à l'exemple du tribunal de Nuremberg), si la justice légale ne doit pas être fondée sur la justice comme sentiment, n'appelle-t-elle pas un autre fondement que la stricte légalité? (Aristote)

1) Aristote, Ethique à Nicomaque

2) Est juste ce qui est conforme à la légalité et à l'égalité.

Conclusion


Cours

Introduction :

Définition générale de la justice = cf.balance = équilibre, égalité. Donner à chacun ce qui lui revient en droit (que cette chose lui ait été enlevée injustement ou qu'elle lui soit dûe). Ne faire du tort à personne.

Domaine : échange des biens et répartition des charges au sein d'une société.

Pourquoi le besoin de justice? Si on a ce besoin, c'est parce qu'il y a rareté des biens disponibles, et des inégalités physiques, psychologiques, etc., entre les hommes. Nous en avons donc besoin comme critère pour répartir les biens rares et établir une symétrie.

Texte Aristote, Rhétorique, I, 13 : deux sens généraux du mot "justice" : une justice positive ou institutionnelle et une justice naturelle:

Aristote, Rhétorique, I, 13.

(… )la définition du juste et de l'injuste se rapporte à deux sortes de lois (…). Je veux parler de la loi particulière et de la loi commune. La loi particulière est celle que chaque collection d'hommes détermine par rapport à ses membres, et ces sortes de lois se déterminent en : loi non écrite et loi écrite. La loi commune est celle qui existe conformément à la nature. En effet il y a un juste et un injuste, communs de par la nature, et que tout le monde reconnaît par une espèce de divination, lors même qu'il n'y a aucune communication, ni convention mutuelle. C'est ainsi que l'on voit l'Antigone de Sophocle déclarer qu'il est juste d'ensevelir Polynice, dont l'inhumation a été interdite, alléguant que cette inhumation est juste, comme étant conforme à la nature. "Ce devoir ne date pas d'aujourd'hui ni d'hier, mais il est en vigueur de toute éternité, et personne ne sait d'où il vient". Pareillement Empédocle, dans les vers suivants, s'explique sur ce point qu'il ne faut pas tuer l'être animé; car ce meurtre ne peut être juste pour certains et injuste pour d'autres : "mais cette loi générale s'étend par tout le vaste éther et aussi par la terre immense."

Droit naturel

NORME ABSOLUE, IDEALE

va au-delà des intérêts d'une société donnée, et est le modèle, la norme, du droit positif; référence critique : sert à comprendre la valeur de droit, la légitimité, que peuvent posséder des lois (origine ratio et non temporelle du droit)

Donc : droit naturel=droit rationnel ou moral

Non posé ; existe indép de nous et de l'état social

(cf. "non écrites")

Universel

("d'aucun temps ni d'aucun pays" : partout les mêmes)

s'applique au genre humain

Eternel et nécessaire

Ne changent pas selon les temps et selon les lieux; ne peut être changée sans absurdité (on ne peut faire 2 = 2=5; de même qu'il soit juste de voler ou tuer).

Comme 2+2=4 est une connaissance évidente par elle-même, ces lois naturelles sont imm accessibles à tout homme : idée d'une conscience morale, d'un principe de justice inné à homme.

Régit les rapports idéaux entre les hommes; ces rapports viennent directement de ce qu'est un homme; détermine les droits et les devoirs qu'exige la nature humaine.

Cf. Grotius, DGP : lois qui dérivent de constotution naturelle de homme, et des rapports ho entre eux indép de toute conv ou législation; on le dérive ratio de nature humaine : "certains principes de la droite raison qui nous font connaîtrequ'une action est moralement honnête ou déshonnête, selon la convenance et disconvenance nécessaire qu'elle a avec la nature humaine".

Droits issus de notre constitution biologique?

NB : loi naturelle =pas loi de nature car celle-ci ne nous ordonne rien, nous n'avons pas à y obéir ou pas, mais nous la suivons inéluctablement. En ce sens de "nature", il ne peut y avoir de droit naturel car si droit=rectitude du comportement, et nature=loi biologique des vivants, alors rectitude=déploiement normal de force, opposée à monstruosité; mais alors ce droit est inscrit dans le déterminisme de loi bio, et n'en est ps un. Une norme ne sert ici à rien puisqu'on le fera comme ça, ou bien on le fera pas. (cf. Spinoza, TTP, 16).

Rousseau dit que ce serait là confondre le droit et le fait, le droit et le droit du plus fort, qui ne peut faire norme (car droit au contraire met ordre dans désordre, limite les forces nat) et est une absurdité. Cf.CS I, 3

Pour que ça ait un sens : "nature humaine" = valeur absolue, dignité homme. (cf.part non matérielle ho qui définit droits et devoirs car on doit préserver cette valeur) =

Droits subjectifs : pouvoir, prérogative, attachée à une personne ou un individu, en vertu de quoi il peut légitimement avoir ou faire certaines choses, user ou ne pas user de quelque chose (pas en vertu d'une loi positive mais en tant qu'il est un homme). En tant qu'ho, tout individu a droit que nul n'entrave la libre manifestation de son activité propre, ie, de son humanité, entendue comme dignité (vie, liberté, mais aussi culture, travail)

Droit positif

NORME RELATIVE

Posé par une volonté humaine; existe dans un état social

Particulier

S'applique au citoyen de tel Etat ou société

Changeant et contingent

Régit les rapports des hommes entre eux à l'état social , et varie suivant ce qui est utile et nécessaire à la sécurité de telle société

a) étymologie : "Jus" = droit; justice légale (institution de justice) : ce qui est juste, c'est ce qui est conforme au droit en tant qu'il est défini par la loi. Objectivité, impartialité.

b) sentiment de justice (se sentir victime d'une injustice, opprimé, frustré); souvent synonyme d'équité, qui est la justice dans sa dimension idéale mais aussi humaine (esprit de justice, sentiment d'humanité, amour du prochain).

Si la justice n’est que a) alors on peut répondre oui à la question. Mais il y a un autre sens de la justice : le problème est donc de savoir si on peut être juste sans b). Alors, une loi ou un acte conforme au droit positif, n’est pas par définition juste. Le problème est de savoir si l'on peut vraiment juger ou critiquer a) par b) : n'est-ce pas alors abandonner toute l'objectivité censée se trouver dans la justice? N'est-ce pas dire que chacun peut faire /se faire justice soi-même? 

I- Le risque de référer la justice à la justice naturelle : Kant, et Hobbes (objectivité versus subjectivité).

A- Kant.

Kant, Doctrine du droit, Appendice à l'introduction, Du droit équivoque, I- L'équité.

… celui qui exige quelque chose en se référant à ce principe s'appuie sur son droit, avec simplement cette précision que lui manquent les conditions dont a besoin le juge pour pouvoir déterminer dans quelle mesure ou de quelle manière on pourrait donner satisfaction à sa prétention. Celui qui, dans une société commerciale établie sur la base de l'égalité des profits, en a pourtant fait plus que ses partenaires, mais a connu cependant davantage de pertes lors d'épisodes malheureux, peut selon l'équité exiger de la société plus qu'une répartition à parts égales avec les autres membres. Simplement, d'après le droit proprement dit (strict), dans la mesure où, si l'on se représente un juge intervenant dans son cas, celui-ci ne dispose pas de données précises pour définir la part qui lui revient en fonction du contrat, il verrait sa demande déboutée. (..) il ne lui est possible au fond que de réclamer l'équité (une divinité muette qui ne peut être entendue devant aucun tribunal) : la raison en est que rien n'était défini à cet égard dans le contrat, et qu'un juge ne peut se prononcer selon des conditions indéterminées. Il en résulte aussi qu'un tribunal de l'équité (dans un conflit avec d'autres personnes au sujet de leurs droits) contient en lui une contradiction. (…) La devise de l'équité est donc assurément : "le droit le plus strict est la plus grande injustice", mais on ne peut remédier à ce mal par la voie du droit, bien que ce qui est ici en jeu soit une exigence du droit, parce que celle-ci relève uniquement du tribunal de la conscience, alors que toute question de droit doit être portée devant le tribunal civil. (…) l'équivoque provient de la confusion des principes objectifs avec les principes subjectifs de l'exercice du droit (devant la raison et devant un tribunal), étant donné que ce que quelqu'un a de bonnes raisons de reconnaître pour son propre compte comme juste, ne peut trouver de confirmation devant un tribunal, et que ce qu'il ne peut que juger lui-même comme étant en soi injuste est susceptible d'obtenir l'indulgence devant le même tribunal : cela parce que (…) le concept de droit n'est pas pris dans la même signification.

 Equité = latin "equitas" = esprit de justice; chez Aristote (EN, V, 14) = vertu visant à assouplir la rigueur abstraite de la loi en l'adaptant aux cas particuliers; sentiment d'humanité, clémence, élan charitable (synthèse justice et amour du prochain). Esprit contre lettre loi. On peut dire que c'est ce sentiment qu'invoque Antigone.

Entend donc ici conscience morale comme conscience individuelle, comme indulgence, comme sentiment purement subjectif. Cf. fait que s'oppose à loi comme rigueur et comme écrite, ie, comme objective. L'équité, sentiment individuel de justice, est ici soupçonnée de n'être pas universelle mais au contraire changeante selon les individus.

Si on prend l'expression de droit naturel comme voulant dire sentiment d'équité, conscience morale, sentiment inné de justice, alors, impossible de référer le droit positif à celui-ci. La question de savoir si on peut fonder le droit positif sur le droit naturel signifie ici "peut-on le fonder sur la conscience individuelle de chacun"?

Réponse : non, car c'est une confusion de domaines qui empêche le droit de remplir son but (gérer les conflits portant sur la répartition des biens dans la société); il n'aurait alors même plus de raison d'être. En effet :

a) la gestion des conflits serait laissée à l'arbitraire de chacun; donc : plus aucun moyen sûr de régler nos différends; le sentiment d'injustice est trop subjectif, et chacun a vite fait de se voir victime d'une injustice. Or, il n'y a aucun critère nous permettant d'établir une distinction nette entre une véritable conscience morale (conscience éclairée) et les illusions d'une conscience erronée

b) C'est pourquoi on ne peut admettre la légitimité de l'objection de conscience sans provoquer d'interminables conflits entre l'individu et l'Etat dont il fait partie. L'objection de conscience peut bien souvent n'être que motif pour s'exempter de l'obéissance à l'autorité souveraine. Or, s'il suffisait d'invoquer le témoignage de sa conscience pour se soustraire à l'obligation civile, l'autorité souveraine se trouverait constamment mise en échec au gré de la fantaisie de chacun. CF. objecteurs de conscience

c) plus de raison d'être du droit : pourquoi instituer des lois valables pour tous, si on estime pouvoir régler nous-mêmes les conflits? Pourquoi même existe-t-il un droit puisque l'on estime alors le contraire de ce qui nous a mené à instituer le droit : à savoir que nous avons en nous de quoi régler les différends, que nous en sommes naturellement capables. Or, pourquoi avons-nous édicté des lois, si ce n'est parce que la conscience morale n'a pas de sanction, et que sans lois positives, les justes seraient justes dans un monde de méchants? Si les hommes avaient toujours une conscience morale éclairée, et s'ils savaient vivre selon les lois naturelles, ils n'auraient pas eu besoin de société civile et de lois communes (cf. Hobbes). Or, les lois naturelles, sans sanction terrestre ou physique, ne sont pas obéies de tous, et ne le sont pas toujours par ceux qui les reconnaissent.

B-Hobbes : le positivisme juridique.

Le positivisme juridique, thèse selon laquelle le juste s'identifie au légal, part de ce genre de remarque pour affirmer que le juste s'identifie au légal.

Ce ne peut être qu'à la loi civile, et non à la conscience individuelle, qu'il appartient de prescrire les règles du juste et de l'injuste : acquis avec texte de Kant.

Conséquence extrême : la justice est seulement positive puisqu'elle est créée par le législateur. Ce n'est qu'à la loi civile qu'il appartient de prescrire les règles de ce qui est juste et de ce qui est injuste.

Raisonnement :

(1) on parle de juste et d'injuste quand on attribue à chacun selon son mérite, quand on lui donne ou rend son bien, sa part de quelque chose

(2) or, à l'état de nature, avant l'institution de l'Etat, on ne possède rien, il n'existe ni mien ni tien : tout est à tous/à personne

(3) c'est le souverain qui institue le mien et le tien et décide de ce qui est mien et de ce qui est tien

Conséquence : aucune justice et même aucun sentiment de justice ne précède la justice positive.

Est juste ce que l'Etat permet et injuste ce qu'il défend.

Exemple : un homicide n'est pas en soi un meurtre mais l'est seulement quand on tue celui que la loi civile défend de tuer; cf.légitime défense, guerre, aujourd'hui, euthanasie : pas meurtres.

Une loi est juste par définition : "ce qui fait la loi, ce n'est pas la vérité, mais l'autorité" : (ici, vérité = justice, moralité). Ce n'est pas parce qu'une chose est reconnue juste qu'elle est ordonnée, mais ce qui est juste l'est parce qu'ordonné.

Cf. différence loi/conseil : on obéit au conseil en prenant en compte la valeur de ce qui est conseillé; on obéit aux lois parce qu'ainsi le veut la volonté de celui qui commande.

Pourquoi? Parce que seul but : assurer la paix (le plus grand bien). Si les sujets peuvent désobéir, alors l'Etat n'est pas stable. Or s'il s'écroule : retour état de guerre.

Si vous répondez que ça choque votre conscience morale d'obéir à certaines lois, cf. Antigone, objecteurs de conscience…, Hobbes vous répond :

a) si la loi l'ordonne c'est que c'est juste

b) je ne commets points de faute en exécutant l'ordre injuste, pourvu que celui qui en donne l'ordre soit mon supérieur légitime. Si par exemple je prends les armes sur les ordres de l'Etat, tout en pensant que la guerre est injuste, je n'agis pas injustement, ce qui serait injuste c'est de ne pas prendre les armes

c) je ne suis pas coupable (la faute est commise par celui qui ordonne la loi).

Conséquence = obéir aux lois est un acte d'hétéronomie = pas obligation en conscience (devoir qui nous vient du dehors de nous, pas de nous). Différence droit et morale.

Dès lors : guerre 39/45 : la loi civile, qui vient de votre supérieur, vous ordonne de déporter les juifs. Alors vous devez le faire, vous n'avez pas à discuter.

Or : Tribunal de Nuremberg : on a puni ceux qui ont fait cela. Au nom de quoi? De principes transcendants. C'est donc que être juste ce n'est pas obéir bêtement aux lois pour la raison que donne Hobbes! Cf. ce qu'a dit Eichmann lors de son procès : mais je n'ai rien fait de mal! J'ai obéi aux lois! J'étais un bon fonctionnaire!

II- Ainsi (suite à l'exemple du tribunal de Nuremberg), si la justice légale ne doit pas être fondée sur la justice comme sentiment, n'appelle-t-elle pas un autre fondement que la stricte légalité? (Aristote)

Nous avons objecté à Hobbes que la justice sans référence morale n'est justice que de nom et peut même servir à justifier des actes ignobles. Mais comment échapper à la subjectivité de la référence morale?

1) Aristote, Ethique à Nicomaque, V, 14 : la perfection de la justice, c'est l'équité.

texte

explication

Aristote, Ethique à Nicomaque, I, 14.

"l'équitable, tout en étant supérieur à une certaine justice, est lui-même juste, et ce n'est pas comme appartenant à un genre différent qu'il est supérieur au juste. Il y a donc bien identité du juste et de l'équitable, et tous deux sont bons, bien que l'équitable soit le meilleur des deux.

Ce qui fait la difficulté, c'est que l'équitable, tout en étant juste, n'est pas le juste selon la loi, mais un correctif de la justice légale.

La raison en est que la loi est toujours quelque chose de général, et qu'il y a des cas d'espèce pour lequels il n'est pas possible de poser un principe général qui s'y applique avec rectitude.

Dans les matières, donc, où on doit nécessairement se borner à des généralités et où il est impossible de le faire correctement, la loi ne prend en considération que les cas les plus fréquents, sans ignorer d'ailleurs les erreurs que cela peut entraîner. La loi n'en est pas moins sans reproche, car la faute n'est pas à la loi, ni au législateur, mais tient à la nature des choses, puisque par leur essence même la matière des choses de l'ordre pratique revêt ce caractère d'irrégularité.

Quand, par suite, la loi pose une règle générale, et que là-dessus survient un cas en dehors de la règle générale, on est alors en droit, là où le législateur a omis de prévoir le cas et et a péché par excès de simplification, de corriger l'omission et de se faire l'interprète de ce qu'eût dit le législateur lui-même s'il avait été présent à ce moment, et de ce qu'il aurait porté dans sa loi s'il avait connu le cas en question.

De là vient que l'équitable est juste et qu'il est supérieur à une certaine espèce de juste, non pas supérieur au juste absolu, mais seulement au juste où peut se rencontrer l'erreur due au caractère absolu de la règle.

Telle est la nature de l'équitable : c'est d'être un correctif de la loi, là où la loi a manqué de statuer à cause de sa généralité. En fait, la raison pour laquelle tout n'est pas défini par la loi, c'est qu'il y a des cas d'espèce pour lesquels il est impossible de poser une loi, de telle sorte qu'un décret est indispensable. (…)

De là résulte nettement aussi la nature de l'homme équitable : celui qui a tendance à choisir et à accomplir les actions équitables et ne s'en tient pas rigoureusement à ses droits dans le sens du pire, mais qui a tendance à prendre moins que son dû, bien qu'il ait la loi de son côté, celui-là est un homme équitable, et cette disposition est l'équité, qui est une forme spéciale de la justice et non pas une disposition entièrement distincte."

Thèse : porte sur la caractérisation d'un certain type d'action et d'homme, "l'équitable".

Question : cet homme est-il juste? Pour y répondre, Aristote va chercher à savoir si l'équité peut de façon non abusive être une forme de justice.

Réponse : deux sortes de justice; toutes deux légitimes; différence spécifique de l'équité : supérieure au sens de meilleure. Parfaite. L'autre = imparfaite.

Définition plus précise de ces deux formes de justice : justice selon la loi (légale); équitable = correctif de la première. Présupposé : la justice positive est imparfaite, elle a besoin d'être corrigée. ("ce qui fait difficulté" = de dire que équ=juste?)

Explication : pourquoi est-il nécessaire de recourir à l'équité quand on applique les lois? (élèves = chercher)

Argument tiré de la nature de la loi et du réel. Loi = générale. Cette généralité est présentée à la fois comme nécessité et comme imperfection.

Imperfection = voulue ou pas? Evitable ou pas? Non : personne n'y est pour rien (Imperfection mais nécessaire). Ne s'applique pas à tous les cas; n'a pas pu tout prévoir car réel par déf changeant, "irrégulier".

La loi est donc inédaquate par rapport à ce qui est pourtant de son domaine ou à ce qu'elle a pour but de régler : les cas réels, particuliers.

Problème : cette inadéquation peut créer des injustices.

Le positivisme juridique n'est donc pas tenable car s'il avait raison la loi serait facile à appliquer : il suffirait de subsumer le cas sous la règle. Or, on ne peut jamais se borner à appliquer mécaniquement la loi. Exemple : le vol est un délit doit être puni; or cette femme a volé du pain, elle doit donc être punie. Or, le juge doit aussi tenir compte des circonstances, que la loi ne peut, pour faire simple, contenir en elle, ou qu'elle a omis de prévoir : elle voulait nourrir son bébé.

La loi est ainsi complétée et elle en a besoin, sinon, elle est injuste.

Et contre Kant : l'équité a sa place dans un tribunal

Deuxième question : comment Aristote évite-t-il le reproche d'indétermination ou de subjectivité que Kant faisait à l'équité? et surtout à son utilisation au tribunal

Corrige rigueur et abstraction loi, qui ne peut être appliquée telle quelle. Ainsi, tout en étant une justice "non écrite", elle reste du domaine du droit, car elle le complète, et de plus s'exerce dans les limites du droit existant (puisque sur les lois). Il est donc compris dans définition même de la loi qu'elle doit être accompagnée de l'équité. Sa rigueur lui empêchant de régler de façon juste tous les cas, elle doit être tempérée pr l'esprit d'équité.

Conclusion : être équitable, véritablement juste, c'est ne pas se conformer aveuglément à la loi, mais tenir compte des situations particulières. Est équitable celui qui sait et doit interpréter la loi dans le sens de son intention supposée. Cette intention = le respect, non à la lettre mais à l'esprit de la justice (Ce dont Aristote ne doute jamais : de l'esprit de justice. C'est une valeur, un commandement non conforme n'est pas juste).

justice = n'est-ce pas avant tout une vertu? Avant d'être une loi, ce qu'édicte l'autorité législatrice, quelle qu'elle soit, n'est-elle pas une certaine habitude, celle d'agir dans un certain esprit, ie, être guidé par l'attention à autrui?

Ici, justice = pratiquement du côté de la charité, du don. Ce qui serait injuste, c'est par exemple de garder tout son argent quand la loi dit que vous ne devez rien cette femme que vous savez dans la misère et qui a pâti d'une action de votre part, même si elle est en conformité avec la loi.

 

2) Est juste ce qui est conforme à la légalité et à l'égalité.

Bref, l’idée même de justice cmprend l’idée selon laquelle être juste ce n’est pas seulement se conformer aux lois. C'est aussi se conformer à l'esprit de justice. Comment définir de façon précise cet esprit de justice?

Nous avons dit, à la fin de I, qu'il y a des lois injustes : ce sont des lois qui ne respectent pas l'humanité, des lois "inhumaines", qu'on ne peut accepter sans contradiction.

Mais dans l'idée de justice est aussi comprise l'idée d'égalité, d'impartialité (intro). Ici, on va dire que l'esprit de justice, l'équité, revient à respecter cette égalité. Etre juste, c'est non seulement obéir aux lois positives, mais aussi et à condition de ne pas nuire à cette égalité. De nouveau, on va dire que revendiquer une telle exigence, c'est demander que la loi soit guidée par une exigence morale.

Quand on parle de lois égales, on parle cesse de lois humaines, mais le domaine d'application de ces lois est retreint à un domaine particulier dans la vie de la société : celui de la répartition des biens et des charges entre les membres de la communauté (exemple : payer des impôts; recevoir tel salaire; posséder tels biens; pouvoir accéder à tel emploi, etc). Aristote appelle cette forme de justice la "justice distributive".

Qu'est-ce qu'être juste, dans le domaine de la justice distributive? Tout le monde pense qu'une loi visant à répartir les biens et les charges dans la société doit respecter l'égalité, ie, ne léser personne. Une loi faisant des exceptions n'est pas recevable, n'est juste que de nom. On aurait raison de refuser d'y obéir, au nom de l'autonomie.

Mais Comment respecter l'égalité? Comment va-t-on répartir ces biens et ces charges? Est-ce si facile? Est-ce si objectif?

a) Est-ce que cela revient à donner à tous la même chose? =égalité arithmétique.

Ici, pas le même salaire pour la même prestation, mais pour tous le même salaire quelle que soit la prestation; pour tous la même chance d'obtenir un emploi public, quelle que soit la qualification, pour tous la même note quel que soit le travail fourni, etc. Ca donne par exemple un médecin non qualifié par les études médicales mais parce qu'il a gagné à un tirage au sort auquel chacun peut participer.

b) Ou à donner à chacun selon son dû, ie, selon ses mérites (capacités et performances)? = égalité proportionnelle.

Ici, problème = comment évaluer les performances? D'après :

-la peine consacrée? -le désagrément occasionné? -la qualification requise?

Hésitation car la qualification pour certaines performances auxquelles on attribue une haute valeur est en partie la conséquence de chances contingentes. En effet, au départ, on ne bénéficie pas tous des mêmes avantages : famille, pays, capacités…

Ainsi, a) et b) posent problème : une société basée sur la performance est injuste, mais une société qui ignore les performances et les laisse sans conséquences l'est aussi.

Le problème de la justice se pose ici d'une façon inédite. S'il paraît évident de faire des lois respectant l'égalité, ne lésant personne, que faire des inégalités engendrées par personne? Car c'est bien de ça qu'il s'agit ici : on peut dire que l'égalité des chances, c'est certes un bel idéal, mais pourtant, étant donné les différences de richesses, de capacité, etc., elle engendre involontairement des inégalités. Personne ne les veut vraiment, mais ce sont les effets de ce que font certaines personnes. Comme payer des super études à ses enfants, leur donner des cours particuliers, donner en héritage à ses enfants beaucoup plus d'argent que la moyenne, etc. Mais que faire, puisque : -c'est dû au hasard, et on ne veut pas sciemment engendre des inégalités ou léser quelqu'un; -de plus, selon l'égalité proportionnelle, cela est tout à fait juste!

Solution de type libéraliste :

-ces inégalités sont engendrées involontairement : elles ne sont pas dites "injustes"; est dit injuste un acte ou une loi issus d'une volonté

-ce qui serait alors injuste, c'est d'intervenir dans la vie des gens sous prétexte que ce qu'ils font entraîne des effets non voulus, en leur faisant payer des impôts; en effet cela revient à une injustice puiqu'on lèse une certaine catégorie de la population, les riches (cf. impôts sur la fortune : les pauvres!). On rejette le principe de justice proportionnelle.

Solution de type socialiste :

-une société basée sur la justice proportionnelle, sur l'égalité des chances, risque d'être une société injuste. On n'a pas le droit de laisser faire. Mais, d'un autre côté, on ne peut renoncer à l'égalité proportionnelle.

Alors, on va dire que, certes, une loi juste c'est une loi qui distribue à chacun sa part de richesses, d'avantages, etc., en proportion et en échange de ce que chacun apportera au patrimoine commun.

Mais on ne tolère cela qu'à la seule condition de respecter aussi une autre sorte d'égalité, proportionnelle également, mais qui base cette proportion sur les besoins de chacun, plus précisément, sur les besoins d'un homme en tant qu'homme. Ainsi, celui qui ne peut pas se secourir lui-même doit être secouru dans la mesure de ses besoins. Cf. face au droit de propriété (qui pour Marx est le droit de jouir de ses biens sans se soucier de ceux d'autrui), auj, le droit au logement. Récemment : assurance universelle.

Il n'est pas injuste d'exiger de la majorité une participation aux dépenses nécessaires à secourir ceux qui n'auront pas les performances requises. C'est le seul moyen pour que les inégalités (inévitables, il faut bien le dire) soient justifiées ou du moins compatibles avec l'exigence de justice nécessaire à toute société.

Conclusion

Finalement, il y a des lois injustes. Ce sont des lois oppressives (pas répressives!) : qui font des exceptions pour le souverain ou des exceptions tout court; ou encore qui portent atteinte à la dignité de la personne humaine. De telles lois s'autocontredisent et le juge qui applique ces lois, n'est pas juste.

Dès lors, une réponse négative à la question de savoir si être juste ce n'est qu'obéir aux lois, est possible : il est parfois juste de désobéir aux lois puisque ce qui est juste, ce n'est pas seulement ce qui est strictement conforme aux lois positives. Il y a une condition pour que les lois soient véritablement justes et donc obligent en toute légitimité : c'est qu'elles soient justes au sens où elles respectent l'égalité et l'humanité. Si elles ne le font pas, alors, on a raison de se révolter contre elles et de refuser d'y obéir au nom d'une justice plus haute.


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