Quand manque-t-on de respect à quelqu'un ?

Plan


Corrigé

Attention au "quand" : il ne s'agit pas ici d'énumérer des circonstances, car ce serait tenir l'exemple pour une démonstration, pour un concept, ce qui est anti-philosophique. Il s'agit plutôt d'une invitation à creuser le concept même de respect. Le "quand" renvoie donc à une condition essentielle, ainsi qu'à un critère de reconnaissance. Il s'agira donc dans ce devoir de différencier le respect d'attitudes approchantes (l'amour, l'amitié, la peur, l’admiration, etc.). C'est par là que vous devrez vous diriger progressivement vers le "noyau", l'essence, du respect.

Evidemment, vous pouvez (et même je pense qu'il faut le faire) partir d'une situation concrète qui est communément tenue pour une marque de respect envers quelqu'un : par exemple, la politesse. Puis, il faudra montrer, après une analyse précise de cet exemple (en montrant comment alors on considère l'homme, etc.), qu'il manque ici une des conditions fonamentales du respect.

Attention : le terme de respect ne désigne pas un sentiment psychologique ou d'ordre affectif ; il désigne plutôt un sentiment d'ordre rationnel, et moral. C'est quelque chose d'assez abstrait. Par exemple, même si Dutrou vous répugne, si vous le haïssez, etc. (sentiments d'ordre affectif, des pulsions, en somme), vous devez le respecter car c'est un homme. Mais c'est évidemment quelque chose de très difficile… Il est toujours associé en ce sens à la notion de personne, à la dignité (l'homme a une valeur, pas un prix). Kant a beaucoup parlé du respect en ce sens.

"Quelqu'un" : terme abstrait, vous devrez donner un contenu à ce quelqu'un (l'autre homme ? Mes parents ? Mon ami ? Ma femme ? Une personne? Etc. )

Il va de soi que toute une conception de l'homme est ici en jeu (si vous définissez le respect de telle manière, alors, vous avez telle conception de l'homme ; et si vous avez une conception instrumentale de l'homme, alors, vous pouvez montrer que ce n'est pas un vrai respect)

Conseils pour le plan : partir, comme je l'ai dit, d'une conception commune du respect (exemples du respect envers un maître si on est esclave, du respect envers ses parents si on est enfant, de l'élève envers le professeur…) ; faire exprès (car vous savez ce qu'est le respect, et qu'il est lié à la personne !) de définir le respect et donc le manque de respect comme ce qu'il n'est pas. On respecte alors quelqu'un parce qu'on en a peur, parce qu'il nous domine, donc par intérêt, etc. Commencez alors, pour passer à une seconde partie, à montrer que cette thèse suppose une certaine conception de l'homme, et des rapports entre les hommes, qui sera insoutenable. Dans la seconde partie, vous pouvez montrer que non, ce n'est pas ça manquer de respect, cf. rapport à la personne. Mais dans la troisième partie, je serais tentée de mesurer cette dernière partie. En effet, la notion de personne est trop abstraite car elle traite justement l'autre seulement comme un "quelqu'un" -ce qui est gênant, car il y manque la dimension d'attention à autrui… Cf. le cas des mourants : doit-on ou non leur dire la vérité ? Kant dirait ici qu'il ne faut pas leur mentir, car mentir à quelqu'un c'est attenter par définition à l'humanité, c'est par définition traiter l'autre comme un objet sans valeur, etc. Pourtant, si ce mourant n'est justement pas un quelqu'un, ou seulement une personne, mais aussi votre ami, votre mari, etc., alors, est-ce vraiment lui manquer de respect que de lui mentir ? Réfléchissez sur cet exemple, bien actuel !

Conseils de lecture

Aristote, Ethique à Nicomaque, les chapitres sur l'amitié (il y a des passages très intéressants sur la véritable amitié); Les Politiques, livre I, sur les rapports entre le maître et l'esclave (où l'on voit que dans l'Antiquité, l'idée de dignité de la personne n'existe pas : il y a différentes "natures" (!) d'hommes -on est esclave par nature, comme on est femme, enfant …à méditer !)

Hobbes

Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, II, l'impératif catégorique (lisez les trois formulations) ; D'un prétendu droit de mentir par humanité ; Doctrine de la vertu

E. de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire (l’obéissance non légitime = contre la notion d’autorité) ; le " respect " envers un supérieur, parce qu’il est un supérieur, est-il véritablement respect ? Peut-on encore parler de respect là où nous ne sommes plus libres ?

Pascal, Trois discours sur la condition des grands

Quelques documents

Définitions du respect 

Vient du latin respectus (action de regarder en arrière) ; le respect signifie : l’égard, la considération, et la révérence. Cf. déf. du Petit Robert : " sentiment qui porte à accorder à quelqu’un une considération admirative, en raison de la valeur qu’on lui reconnaît, et à se conduire envers lui avec réserve et retenue, par une contrainte acceptée ". " Par extension, sentiment de vénération dû au sacré, à Dieu… " ; culte, admiration, piété. " Considération que l’on porte à une chose jugée bonne avec la résolution de n’y pas porter atteinte, de ne pas l’enfreindre ".

Selon le sens commun, on doit respecter celui dont on reconnaît une certaine supériorité (en raison de son âge, de ses fonctions ou de son mérite).

Descartes et l’admiration (in Traité des passions)

Etymologie (admirare) : le fait de s’étonner. Descartes part de là pour dire que l’admiration " est une subite surprise de l’âme, qui fait qu’elle se porte à considérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires " ; et encore que " lorsque la première rencontre de quelque objet nous surprend et que nous le jugeons être nouveau ou fort différent de ce que nous connaissions auparavant (…) cela fait que nous l’admirons et sommes étonnés ".

I.e. : toujours liée à quelque chose qui nous surprend, l’admiration n’est pas comparable au respect même elle est elle aussi souvent suivie de l’estime et parfois de la vénération. Elle est encore trop empreinte d’affectivité, d’émotion (cf. le " choc " de la surprise).

On peut par exemple admirer la science ou le talent d’un homme sans pour autant le respecter en tant qu’individu ayant telle ou telle qualité ou ayant tel ou tel défaut de caractère. On peut encore admirer ou s’étonner devant un spectacle de la nature, devant certaines choses, mais on ne peut éprouver du respect que pour la personnalité de l’homme en tant qu’elle est capable de moralité ou capable de la réaliser.

Quelques textes de Kant

" Le respect, en ce qu’il a de positif, dérive de la loi morale elle-même (…) Si par certains côtés il peut ressembler à certains sentiments, par la pureté de son origine et de son influence, il en reste radicalement distinct (…) c’est toujours à la personnalité que le respect s’adresse, en tant qu’elle réalise la moralité ou qu’elle est capable de la réaliser. "

" Le respect pour la loi est le seul sentiment moral véritable ; il est lié comme tel à la représentation rigoureuse de la loi comme commandement et comme contrainte, la seule qui vaille pour nous dans notre condition d’êtres finis. "