Pouvons-nous obéir aux lois et être libre ?

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Problématique : le terme d’obéissance renvoie à la notion de « devoir », et au premier abord, de contrainte. En latin, « debere », c’est l’obligation d’obéir. En droit, c’est le lien juridique. Or, la liberté se définit communément, et spontanément, comme l’absence de contraintes, que ces contraintes soient celle de la loi, du droit, ou bien de la nature (déterminisme naturel).

Distinction importante : attention à bien distinguer droit naturel et droit positif !

Résumé : Au premier abord on dira spontanément qu’obéir à la loi c’est obéir à une autorité extérieure et donc être contraint à faire ce qu’on n’a pas décidé par nous-mêmes. On pourra répondre à cela que l’homme ne décide hélas pas toujours ni spontanément de faire ce qui est bien pour lui (cf. distinction désir et raison, étudiée dans Gorgias, ainsi que dans la République, de Platon), et que parfois obéir à la loi lui permet de faire ce qui est en conformité avec son bien (exemple : « il ne faut pas rouler en état d’ivresse » : cette loi n’est pas faite seulement par intérêt, par exemple récolter de l’argent en donnant des amendes, mais elle est faite pour le bien de la communauté et aussi de moi-même). Problème : de quelle loi s’agit-il ? De la loi positive ou bien de la loi naturelle (au sens moral du terme) ? On sait en effet que parfois obéir à la loi, si cela suffit à faire de notre acte un acte légal, puisqu’en conformité avec la loi positive, édictée par le législateur, ne fait pas pour autant de notre acte un acte moral, légitime (pour cela il faut qu’il soit en conformité avec le droit naturel). Par conséquent obéir à la loi ne peut être en accord avec la liberté et même nous rendre libres (puisque éloignés de nos instincts et désirs pulsionnels) que si la loi en question est en accord avec la raison, la morale : on parle alors d’ « obligation » (cette loi on y adhère, on la respecte car elle est en accord avec les principes élémentaires de « justice ») et non de contrainte, comme l’a bien vu Rousseau dans son Contrat Social, I, 3.

I- Sens commun et premier de la liberté = liberté absolue ; être libre, c’est ne dépendre de rien ni de personne (cf. liberté comme « libre-arbitre » = pouvoir de choisir, indépendance absolue) ;

- cf. état de nature de Hobbes (en gardant bien entendu la critique de cet état de nature pour plus tard)
- cf. aussi Calliclès dans Gorgias, de Platon (Calliclès va jusqu’à dire, comme Nietzsche plus tard, que la loi n’est qu’une morale de faibles, les faibles étant ceux qui sont incapables d’affronter le côté le plus exaltant de la vie, nos instincts, nos désirs, etc., bref notre nature –ce qui voudrait dire que les lois sont contre-nature)
- les lois positives nous empêchent de faire ce que nous voulons, nous dépendons alors de la loi, qui nous empêche d’agir comme bon nous semble, de satisfaire nos désirs….

II- Critique de I : I est une fausse conception de la liberté !

- Faire tout ce qu’on veut c’est être esclave de ses désirs et instincts, c’est être un animal. Etre libre c’est obéir à la raison. Cf. Platon, Gorgias (réfutation de Calliclès par Socrate)
- Or, cf. Hobbes, et/ ou Rousseau, dans Du contrat social, l’Etat n’est-il pas l’effectuation de la raison en nous, et donc, de la liberté ? Ici on critiquera l’état de nature de Hobbes.
- Dans ce cas, non seulement il est possible d’obéir à la loi positive et d’être libre, mais encore, on ne peut être réellement libre sans obéir à cette loi !

III- Critique de II : on fait comme si les lois étaient toujours rationnelles, toujours justes (légitimes) ! et comme si la vraie liberté consistait finalement à se forcer à obéir à des lois sans jamais exercer son esprit critique, sa conscience morale !

(on peut alors insister sur la différence hétéronomie/ autonomie, contrainte/ obligation, droit naturel/ droit positif…)

- C’est l’obéissance à des lois justes, morales, qui est compatible avec la liberté (cf. notion de droit naturel, et distinction contrainte et obligation chez Rousseau, dans Du contrat social, I, 3) –on peut insister ici, en transition avec Rousseau, sur les points négatifs et dangereux de la conception hobbesienne de l’Etat
- Il faut donc la reconnaître en son for intérieur comme juste (en accord avec la morale, le droit naturel)

Bref : Etre libre et obéir à la loi, c’est tout à fait possible et c’est même la vraie définition de la liberté, qui est une notion morale (cf. Rousseau : « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté »)


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