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Quels événements doit-on commémorer ?

page créée le 01/01/2003

 

 

Résumé:

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Quelques conseils

 

Attention : tout comme le devoir sur le respect, vous ne devez pas faire une liste de ces événements… mais partez quand même de quelque chose de concret : pourquoi pas le calendrier des fêtes nationales, par exemple ? Grands événements/ grandes dates de l’histoire d’une nation, d’un peuple. Caractéristiques de ces événements à analyser. Essayer de trouver les raisons premières de cela. Souci pédagogique ? Grandeur d’une nation ? Esprit communautaire ? Etc. C’est alors le lieu/ moment pour réfléchir sur le critère d’un événement historique : y a-t-il des événements historiques en soi ? si vous trouvez que non, alors, il vous faut trouver une autre raison de commémoration ; lieu/ moment pour réfléchir au " devoir d’humanité " ; moins réflexion sur l’histoire, alors, que sur la morale. Essayez alors de dépasser I et II (ou de les " réconcilier ") en montrant l’importance de I pour l’identité d’une nation (problème de l’identité personnelle, de ce qui fait que vous êtes une personne, un être avec une certaine profondeur : possibilité de faire un parallèle avec la nation et/ ou l’humanité –cf. êtres collectifs ; vous pouvez donc, j’insiste, parler ici de l’histoire/ passé d’un individu).

Creusez bien la double signification du " doit-on " ; creusez bien également le terme de commémorer, très riche : cf. notions d’oubli (pourquoi ne doit-on pas oublier certains événements ?), de rappeler, de mémoire, mais aussi de célébrer… Mais vous ne devez oublier aucun terme de l’énoncé, le terme d’événement doit donc avant tout également être analysé.

 

Bibliographie

G. Bensoussan, Auschwitz en héritage ? D’un bon usage de la mémoire, Ed. 1001 nuits, Les Petits Libres, 1998

Hobbes, Léviathan, (étymologie de la notion de personne = persona ; réflexion sur la personne morale)

Kant, l'impératif catégorique, le respect

Primo Levi, Si c'est un homme

Locke, Essais sur l’entendement humain, II, xxvii, in Identité et différence, Points Seuil (qu’est-ce qui fait mon identité personnelle, qu’est-ce qui fait que je suis moi ? –cf. importance de la mémoire, de la conscience du passé…) ; cf. cours mémoire

E. Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, Ed. 1001 nuits (qu’est-ce qui fait qu’une nation est une nation ?)

P. Veyne, Comment on écrit l’histoire, Points Seuil (existe-t-il des événements historiques en soi ?) ; cf. cours histoire

P. Vidal-Naquet, Les assassins de la mémoire, Points Seuil (contre le révisionnisme, qui nie la Shoah, l’existence des camps de concentration) ; sur ce même problème, cf. Finkielkraut, La mémoire vaine, Gallimard (a à voir plus précisément avec le procès Papon ; lecture facile et courte !)

 

Quelques textes

 

  1. E. Renan, Qu'est-ce qu'une nation?, extraits du chapitre III :

 

"Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. (…) Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l'heure : "avoir souffert ensemble"; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l'effort en commun. Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore."

 

2) Locke, Essais sur l'entendement humain, II, xxvii

Qu'est-ce qui fait l'identité personnelle?

§ 9 : L’identité de telle personne s’étend aussi loin que cette conscience peut atteindre rétrospectivement toute action ou pensée passée ; C'est le même soi maintenant qu’alors, et le soi qui a exécuté cette action est le même que celui qui, à présent, réfléchit sur elle.

§ 24 : (…) quoiqu’une substance ait pensé ou fait, si je ne peux me le rappeler et en faire ma pensée à moi, mon action à moi, en me l’appropriant par la conscience, cette chose ne m’appartiendra pas plus que si elle avait été faite (par une autre)

 

C’est donc la même conscience qui fait qu’un homme est le même pour lui-même. " La même conscience réunit ces actions éloignées au sein de la même personne ".

 

C’est ici que la mémoire fait son entrée. La mémoire, chez Locke, n’est en fait autre chose que la conscience elle-même : en effet, elle est la conscience de nos actes et pensées passé(e)s, et plus précisément, la conscience que ce passé ne fait qu’un avec le présent, que moi qui a pensé telle chose ou agi ainsi, est le même que celui qui aujourd’hui fait autre chose ou pense autre chose.

 

Difficulté : ma personne ne s’arrête-t-elle pas dès lors dès que j’oublie ? Que faire de tous les vides de notre existence ?

 

Le problème est (§ 10) que " cette conscience (est) constamment interrompue par l’oubli (…) ; (il n’y a donc) aucun moment de nos vies où nous puissions contempler devant nous, d’un seul coup d’œil, toute la suite de nos actions passées ".

§ 10 : (…)  les meilleures mémoires elles-mêmes en perdent une partie de vue tandis qu’elles en considèrent une autre ; nous-mêmes pendant la plus grande partie de notre vie ne réfléchissons pas sur notre soi passé, mais nous dirigeons notre attention vers nos pensées présentes, et lorsque nous dormons profondément, nous n’avons plus aucune pensée, du moins aucune dont nous ayons cette conscience qui caractérise nos pensées de l’état de veille. C’est pourquoi je dis que, dans tous ces cas, notre conscience étant interrompue, et nous-mêmes ayant perdu de vue notre soi passé, on peut se demander si nous sommes vraiment la même chose pensante, (…) ou non.

 

Le problème consiste à savoir si, malgré la perte de mémoire, je suis la même personne, à partir du moment où on a dit que l’identité personnelle ne s’étend que jusqu’où s’étend aussi la mémoire. Cf. § 20 : problèmes  de la double personnalité et de l’ivresse, de la folie

Leçon de ces textes : il faut s’intéresser et rappeler le passé Il est très important de s’intéresser au passé, puisque sans la dimension du passé, nous ne sommes rien. Si la mémoire fait notre identité personnelle, nous perdons un peu de nous-mêmes chaque fois que nous oublions des bribes de notre histoire. Mais est-ce à dire que nous devons tout nous rappeler ? Est-ce qu’il est important de me souvenir de moi avec les cheveux longs, courts, etc. ? Non, bien sûr : il est important de se souvenir de ce qui fait de nous l’être, la personne (caractère) que nous sommes. Les grands moments de notre vie/ histoire, en somme.

 

NB : un peu difficile, mais à méditer tout de même!!

 

3) P. Veyne, Comment on écrit l'histoire? , Seuil, 1971, p.57.

 

 

 

Structure du champ événementiel

Les historiens racontent des intrigues, qui sont comme autant d'itinéraires qu'ils tracent à leur guise à travers le très objectif champ événementiel (lequel est divisible à l'infini et n'est pas composé d'atomes événementiels) ; aucun historien ne décrit la totalité de ce champ, car un itinéraire doit choisir et ne peut passer partout ; aucun de ces itinéraires n'est le vrai, n'est l'Histoire. Enfin, le champ événementiel ne comprend pas des sites qu'on irait visiter et qui s'appelleraient événements un événement n'est pas un être, mais un croisement d'itinéraires possibles. Considérons l'événement appelé guerre de 1914, ou plutôt situons-nous avec plus de précision les opérations militaires et l'activité diplomatique ; c'est un itinéraire qui en vaut bien un autre. Nous pouvons aussi voir plus largement et déborder sur les zones avoisinantes : les nécessités militaires ont entraîné une intervention de l'Etat dans la vie économique, suscité des problèmes politiques et constitutionnels, modifié les mœurs, multiplié le nombre des infirmières et des ouvrières et bouleversé la condition de la femme... Nous voilà sur l'itinéraire du féminisme, que nous pouvons suivre plus ou moins loin. Certains itinéraires tournent court (la guerre a eu peu d'influence sur l'évolution de la peinture, sauf erreur) le même "fait", qui est cause profonde sur un itinéraire donné, sera incident ou détail sur un autre. Toutes ces liaisons dans le champ événementiel sont parfaitement objectives. Alors, quel sera l'événement appelé guerre de 1914 ? Il sera ce que vous en ferez par l'étendue que vous donnerez librement au concept de guerre : les opérations diplomatiques ou militaires, ou une partie plus ou moins grande des itinéraires qui recoupent celui-ci. Si vous voyez assez grand, votre guerre sera même un "fait social total".

Les événements ne sont pas des choses, des objets consistants, des substances ; ils sont un découpage que nous opérons librement dans la réalité, un agrégat de processus où agissent et pâtissent des substances en interaction, hommes et choses. Les événements n'ont pas d'unité naturelle ; on ne peut, comme le bon cuisinier du Phèdre, les découper selon leurs articulations véritables, car ils n'en ont pas.

 

 

Quelques commentaires pour comprendre le texte :

Thème : l’histoire.

Thèse : porte sur l’objet et le travail de l’historien

Question à laquelle il répond : Qu’est-ce qu’un événement historique ?l’événement historique existe-t-il tel quel, en dehors de nous ?

Thèse : l’événement historique n’existe pas tel quel en dehors de nous, car il dépend d’une certaine intrigue, d’un certain itinéraire par lequel il prend sens 

Thèse opposée : en dehors de nous il existe des événements, un itinéraire historique réel, et l’historien qui fait bien son travail doit les retranscrire avec objectivité (c’est thèse de Hegel).

L’historien raconte des histoires, en plaçant les faits qu’il décrit dans des intrigues.

Intrigue = issue du roman policier, elle suppose des personnages, des acteurs, dont l’ensemble des actions sont susceptibles d’être reprises dans un récit qui les mettra en rapport avec les obstacles qu’elles ont dû surmonter, les tensions et les enjeux qu’elles ont entraîné. (mélange (humain) de causes matérielles, de fins et de hasards) 

Thèse : un fait n’est rien sans son intrigue. Non seulement un fait sera plus ou moins important selon l’intrigue choisie, mais encore, il sera existant ou inexistant selon le choix de l’intrigue Un événement ne peut devenir un fait que si je lui accorde une signification.

Champ événementiel = matériau dont dispose l’historien pour raconter ses intrigues. Désigne tout ce qui arrive et est arrivé à l’homme dans le monde, et ce, depuis les débuts de l’humanité. Il n’est pas structuré de telle sorte que l’historien n’aurait plus qu’à aller à la pêche aux événements, comme s’il était tout prêt  : un événement n’étant événement que par et dans une intrigue, et les intrigues existant en nombre infini, se présentant comme d’infinies possibilités, c’est à l’historien de construire l’événement.

Evénement = " découpage libre dans réalité " ; " agrégat de processus … " i.e., pas chose individuelle L’événement n’est pas un être, mais un " croisement d’itinéraires possibles ".

Conclusion : le travail de l’historien consiste donc à isoler, par abstraction, dans le flux du devenir, des moments que l’on juge significatifs, et les articuler ensuite logiquement 

 

Fonction de l’exemple (la guerre 14-18)  : exemplifie la thèse selon laquelle un fait n’est rien sans son intrigue, qu’un événement n’est qu’un croisement d’itinéraires possibles, et peut être différent selon l’itinéraire choisi. En effet, la " guerre 1914 " n’a pas de sens en soi ; tel quel, l’événement n’a aucune pertinence historique ; si je veux qu’il prenne la dimension d’un fait historique, il faut qu’il soit intégré dans un récit, et que dans ce récit, il ait une signification. Le fait historique n’est jamais isolé mais est retenu en fonction d’un déroulement ; peut être rattaché à plusieurs sortes d’intrigues 

conséquence : un même fait sera cause profonde selon un itinéraire donné, et incident ou détail sur un autre

 

Conséquence : qu’est-ce qui est " historique " ? Pour y répondre, on peut partir de deux questions :

La guerre 14-18, plus historique que l’affaire Dutroux, et plus digne de figurer dans un livre d’histoire ?

Réponse : dans l’histoire des guerres, ou dans une histoire où la guerre est au premier plan, l’affaire Dutroux ne sera pas considérée comme de l’histoire, ou du moins comme un événement important (P.33).Mais  l’affaire Dutroux est de première importance dans l’histoire du crime  (p.35) ; celui qui dirait que cette histoire est moins importante que l’histoire politique devrait pouvoir prouver que le crime n’a pas d’importance, ou du moins une importance moindre dans la vie des gens !

De même, en quoi B. Bardot serait-elle plus digne que Pompidou de vivre dans notre mémoire ?

Réponse : c’est en vertu d’un préjugé ancien que Pompidou serait en soi historique : i.e., à partir du moment où on choisit de dire que les chefs d’Etat sont de la grande histoire et font l’histoire. Or, B. Bardot peut très bien devenir une figurante dans un scénario d’histoire contemporaine qui aurait pour sujet le star-system, les mass-média (la religion moderne de la vedette(Cf. E. Morin, Les stars, Ed. Points Seuil)) ; de même les 2 be 3 !

D’où la thèse de P. Veyne : rien n’est en soi historique (et tout est alors historique) : " il est impossible de décider qu’un fait est historique et qu’un autre est une anecdote digne d’oubli, parce que tout fait entre dans une série et n’a d’importance relative que dans sa série " (p.37) ; " il arrive à tout instant des événements de toute espèce et notre monde est celui du devenir ; il est vain de croire que certains de ces événements seraient d’une nature particulière, seraient historiques et constitueraient l’Histoire ". Tout ce qui est arrivé, et même tout ce qui arrive, est digne de l’histoire.

Conséquence : dès lors, le " non événementiel " n’est que "l'historicité dont nous n’avons pas conscience comme telle "(p. 34). Ou bien tout simplement ce que nous ne pouvons faire rentrer dans la série que nous nous occupons de retracer. Ce que notre choix a décidé d’évacuer.

 

Le champ événementiel est-il arbitraire ? Toutefois, ce champ est objectif, ainsi que toutes ces intrigues (l’historien ne raconte donc pas n’importe quoi). Ce champ événementiel ne dépend pas de lui, il est vrai au sens où il existe : il est objectif, non subjectif. Ce qui n’est pas objectif c’est l’itinéraire –encore est-il une réelle possibilité qui s’impose à vous.

 

 


 

 

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