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Machiavel, Le Prince : la politique doit-elle être morale ?

page créée le 30/05/2004

 

 

Résumé: Nous nous pencherons ici sur la question des rapports entre politique et morale, et sur la signification du réalisme machiavélien en politique. L'oeuvre ne sera pas étudiée en entier, nous avons sélectionné quelques chapitres :7, 15, 18

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Introduction

- le but de l'ouvrage

- le réalisme politique (le "machiavélisme")

- la tradition de philosophie politique avec laquelle rompt Machiavel

- la "virtu" et la "fortuna"

Chapitre 7

Chapitre 15

Chapitre 18

 

 

 


Introduction

- le but de l'ouvrage (cf. chapitre 1)

 

 

 

 

- le machiavélisme ou le réalisme en politique : interprétation traditionnelle; qu'entendre réellement par là ? -La conduite du prince, chapitres XV à XVIII.

Dès le début du chapitre XIV, il met nettement en garde contre toute tentative de se détourner de ce qui est, et qui est toujours mêlé, au profit de ce qui est pur et sans mélange ; en effet, l’ignorance de la distance entre ce qui est et ce qui doit être fait oublier la nature des hommes. Le prince doit nécessairement tenir compte des réalités effectives. Il doit prendre conscience et faire avec, de la spécificité de l’espace social et politique, contexte de son action. En cet espace, domine l’apparence : le prince ne peut pas l’ignorer, et doit savoir lui-même en jouer, sinon, il sera pris au piège de cette dualité trompeuse (être-apparence).

Ainsi dans le chapitre XVI voit-on que le prince doit être attentif à ce que l’on dit, à ce qu’on croit de lui, à ce que reflète l’opinion. La réputation, la rumeur publique, sont des constructions fantasmatiques qui peuvent être à distance des qualités et défauts du prince ; mais il ne s’agit nullement de s’en détourner, au contraire, il faut savoir en profiter ; de toute façon, le prince n’est nullement le maître de l’opinion, ni de l’impression qu’il donne. Il doit veiller aux apparences tout de même, puisqu’on ne peut faire sans ; et Machiavel dit que cela doit se faire avec le but de se faire aimer de son peuple. Son comportement est justifié, comme il le dit tout au long de son ouvrage, en ce que sa volonté est de défendre son Etat, et de chercher à le perpétuer.

On voit ici que le prince machiavélien n’est pas “machiavélique” ou un tyran : en effet, ce que veut dire Machiavel, c’est, non pas que le prince fait ce qu’il veut, au gré de ses caprices, de son bon vouloir, mais qu’il est un être fragile, ayant à s’exercer dans un monde fragile, et dépendant de tout ce qui est “au-dehors”.

Le prince est triplement “dépendant” :

1) il dépend de la constitution;

2) il dépend de la société, ou des groupes qui ont favorisé son accès au pouvoir;

3) les humeurs de chaque classe sociale étant changeants, il ne faut pas faire dépendre son pouvoir de la satisfaction des attentes immédiates (car, notamment, les gens oublient vite les faveurs passées, cf.chapitre XXVII).

S’il doit se faire aimer, il doit aussi avant tout se faire craindre, mais dans le souci de la durée de l’Etat.

Les vertus politiques ne peuvent donc s’aligner sur les vertus privées de l’amitié et de la confiance réciproque.

Ce portrait du prince n’a, à l’analyse, et si on le réfère à la doctrine des rapports entre fortuna et virtu, rien de cynique. Machiavel insiste seulement pour que le prince reconnaisse la mobilité de toutes choses, et qu’ils reconnaissant aussi par là-même la nécessité de rester en éveil pour s’adapter aux circonstances. En donnant des conseils aux princes, Machiavel veut éviter qu’à la précarité de leur pouvoir, viennent s’ajouter des comportements incohérents avec l’espace politique.

Exemples de la thèse selon laquelle la cruauté bien employée est une vertu politique :

1) la cruauté inhumaine d’Hannibal dans la guerre ;

2) la pacification de la Romagne par César Borgia : pour pacifier ce pays, il mit à sa tête Ramirro d’Orco, un homme “cruel et expédtif”, et lui donna les pleins pouvoirs. Il réussit rapidement à se faire une grande réputation. Mais ensuite, César pensa que de tels pleins pouvoirs n’étaient plus nécessaires et pourraient le rendre odieux, car il savait que les mesures rigoureuses prises par Ramirro avaient suscité une certaine haine. C. voulut en conséquence montrer que si une cruauté avait été commise, ce n’était pas de son fait, mais du fait de la nature violente de son subordonné. Il le fit donc couper en deux morceaux sur la place de la ville principale, avec à côté de lui un morceau de bois et un couteau sanglant. La férocité de ce spectacle engendra dans la populace un état de satisfaction et de stupeur.

Machiavel exige donc un emploi judicieux et vigoureux à la fois de la vertu et du vice, en fonction de ce qu’exigent les circonstances. C’est l’alternance judicieuse de la vertu et du vice qui est “vertu” (virtu). Dans ces passages, Machiavel parle donc de la morale d’une toute autre façon que les auteurs classiques -elle s’oppose à la “bonté”...

- Machiavel rompt-il avec la tradition de philosophie politique antérieure ?

Il s'oppose en tout cas à une tradition de philosophie politique héritée de Platon, qui est idéaliste. Philosophie politique qui a en vue un idéal, c'est-à-dire, une exigence morale.

Ainsi pour Platon, dans la République, le politique doit être le philosophe, qui connaît les Idées de bien, de justice, etc. La politique a d'ailleurs explicitement pour tâche de rendre les hommes meilleurs, tâche normalement plutôt religieuse...

Cf. plus tard Rousseau dans Du contrat social : "ceux qui voudront traiter séparément la morale et la politique n'entendront jamais rien à aucune des deux".

 

- la "virtu" et la "fortuna"

Dans le chapitre XXV, intitulé “comment dans les choses humaines la fortune a du pouvoir, et comment on peut y résister”, Machiavel s’oppose au fatalisme. En effet, si dans le premier paragraphe, il admet la fortune, il ne peut toutefois, par la suite, admettre que “notre liberté soit réduite à rien”. Ainsi dit-il que la fortune et la liberté se partagent la moitié de nos actions.

Par l’analogie avec les fleuves déchaînés et les digues, il veut dire que la fortune “montre surtout son pouvoir là où aucune résistance n’était préparée”. Elle n’est donc en fait que le nom que nous donnons à notre démission. La fortuna sans virtu est à l’image de la nature non maîtrisée (cf. Discours sur la première décade de Tite-Live, III, 12). Le rôle de la virtu est donc de prévoir les catastrophes, de les prévenir ; les “digues” seront, au sein du monde humain, des institutions fermes et efficaces, qui donneront à un pays sa sécurité.

Dans le chapitre VI, où il s’agit des grands fondateurs d’Etat, Machiavel montre bien que la virtu est la capacité d’imposer sa loi à la fortune. En effet, il y montre bien que “ce que les grans fondateurs d’Etat durent à la fortune, ce fut l’occasion qui leur fournit une matière à laquelle ils purent donner la forme qu’ils jugèrent convenable”. Elle est donc l’occasion de faire preuve de ses talents politiques ; sans elle, l’occasion eût pu disparaître.

La fortune vole au secours de qui sait ne pas s’illusionner et être habile. Là où la virtu est à son maximum, la fortuna n’a qu’un rôle d’appoint. Affrontée grâce à la lucidité, la fortuna apparaît comme l’aiguillon de la nécessité : ce qui signifie qu’elle montre la nécessité d’agir, et d’analyser les rapports de force en présence. La virtu est donc effort de lucidité en des circonstances particulières, effort intellectuel à l’oeuvre dans le concret de l’histoire. Le concept de “nécessité” indique donc la place des circonstances incontournables, mais jamais totalement claires, sauf pour une pensée politique avisée. Machiavel ne vise jamais à leur totale maîtrise : tout ce à quoi appelle ce concept, c’est à la nécessité d’une attention aux circonstances.

Le vrai Prince est donc celui qui ne baisse pas les bras dans un contexte écrasant et qui sait donc prévoir. Un Prince doit savoir trouver la répartie juste devant les circonstances tooujours changeantes de son action, et donc, surmonter les pièges tendus par la fortuna.

La conséquence de cette théorie (métaphysique) sur l’action du Prince a souvent été interprétée comme une thèse opportuniste.

En effet, cette conséquence est, comme il le dit par exemple dans le Discours, III, ix, qu’”il faut savoir varier suivant le temps, si l’on veut toujours trouver la fortuna propice”. De même dit-il dans le chapitre XXV du Prince que “les manières de procéder sont ou ne sont pas propices au temps”, et “ce qui est bien ne l’est pas toujours”. De là, il découle qu’il faut savoir “changer à propos” ; seulement, il se rend bien compte que “la fortune changeant, et les hommes s’obstinant dans la même manière d’agir, ils sont heureux tant que cette manière se trouve d’accord avec la fortune ; aussitôt que cet accord cesse, ils deviennent malheureux”. “Si nous pouvions changer de caractère selon le temps et les circonstances, la fortune ne changerait jamais”.

Ainsi, plutôt que d’opportunisme, il s’agit ici de dénoncer la fausse prudence, celle qui conduit à reproduire ce qui a si bien réussi dans le passé ; étant donnée la nature de la réaité, la rigidité des tempéraments (qui est un constat) empêche l’inventivité et l’audace, qui sont pourtant nécessaires. (cf.”les temps changent, et nous ne voulons pas changer”).

 

 

 

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