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Accueil > Cours > Cours Hannah Arendt
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Une introduction à la lecture de Hannah Arendt :

La condition de l'homme moderne

Introduction : pourquoi lire aujourd'hui cette oeuvre

page créée le 7/09/2006

 

 

Résumé:

liens associés

- Cours : Peut-on vouloir le mal ?

 

Biographie, bibliographie, sitographie

Introduction

A- Pourquoi la condition humaine ? Les deux grandes œuvres d’Arendt sur la banalité du mal

1) Les origines du totalitarisme
2) Eichmann à Jérusalem

B- La condition de l’homme moderne, le remède au mal radical

Le titre (prologue et première partie du chapitre I)

A- Condition humaine et nature humaine (§§ 5 à 9)

1) le rapport au totalitarisme
2) le rapport à l’existentialisme et à la phénoménologie (§§ 7 et 8)
3) le terme de « condition », un terme ambigu (§§ 5, 6 et 9)

B- Qu’entendre exactement par « moderne » ?


1) ce n’est pas une description de l’homme moderne
2) monde moderne versus époque moderne (fin du prologue)


I- Les trois modalités de l’agir humain (première partie du chapitre I)

A- les trois modalités de l’existence et leurs conditions (§§ 1 à 4)


B- elles sont liées à la condition plus générale de l’existence humaine : la vie et la mort (§ 5)


II- La vita activa ou comment mener une existence vraiment humaine ? (seconde partie du chapitre I)

Introduction : comment lire la seconde partie du chapitre I ?

1) c’est une histoire du terme « vita activa »
2) ce terme s’oppose au terme de « vita contemplativa »

A- Le recours à la tradition et à l’étymologie

1) l’étymologie
2) le rapport privilégié à Aristote

B- L’histoire du terme (de ses changements de signification)


1) Antiquité grecque : sens politique ; plutôt positif (§§ 1 à 3)
2) Moyen Age : sens général ; négatif (§§ 4 à 6)
3) Nouveau sens : Arendt (§§ 9 à 10)

 

 

 

 

 

 


 

Introduction : pourquoi lire aujourd'hui cette oeuvre

A- Pourquoi s'intéresser à la condition humaine ? -Les deux grandes oeuvres d'Arendt sur la "banalité" du mal

Toute son oeuvre est à lire à partir de sa première oeuvre, Les origines du totalitarisme (1951) -oeuvre en trois parties : Sur l'anti-sémitisme, L'impérialisme, Le système totalitaire.

 

1) Les origines du totalitarisme (1951)

a) But de l’œuvre : comprendre le totalitarisme

De quoi s'agit-il ici ? Il s'agit de comprendre les conditions de possibilités de l'émergence d'une forme de régime totalement nouvelle, le totalitarisme. Plus précisément, d'essayer de trouver la réponse à cette triple question : "Que s'est-il passé ? Pourquoi cela s'est-il passé ? Comment cela a-t-il été possible ?" (in Introduction).

b) Nature du totalitarisme

Pourquoi forme de régime inédite ? Ce totalitarisme n'a rien à voir avec les tyrannies et régimes autoritaires antérieurs à Hitler et Staline. Ce qui le caractérise en propre c'est avant tout d'avoir rendu l'homme superflu, et d'avoir détruit la notion même de politique.

• pas arbitraire et sans lois ; pas assimilable au despotisme qui est un régime politique fondé sur la domination (pas dictature du chef ou du parti unique). Les hommes n’ont plus ici de place, ils sont remplacés par le dynamisme de la nature ou de l’histoire. C’est ce que Arendt appelle la terreur.
• Régime idéologique ; qui nie la différence entre la loi et l’éthique
• Institution centrale : les camps

c) Réponse (et éléments de méthode)

• Les 3 éléments prétotalitaires

o haine des Juifs,
o expansion impériale
o racisme

sont les 3 principaux éléments prétotalitaires qui se sont cristallisés dans le régime nazi. Mais ces faits (ou « éléments ») ne sont pas à strictement parler des « causes » car ils n’expliquent pas tout. La cristallisation désigne le moment où ces éléments se trouvent liés entre eux. Et donnent des formes de gouvernements encore jamais vues.

• Conditions de possibilité de la cristallisation de ces éléments en « totalitarisme »

o émergence de société de masse dans Europe industrielle du 19e = terreau dans lequel a germé le totalitarisme.
o mépris voire haine des citoyens ordinaires envers institutions politiques.

Bref, ce qui a permis le totalitarisme, et la destruction de l’humain, c’est justement la destruction du monde commun qui unit les hommes.

 

2) Eichmann à Jérusalem (1963)

Phase ultime du totalitarisme : la Shoah.

Comment comprendre le meurtre de masse, le crime contre l’humanité ? Mal inédit, mal suprême, mal incompréhensible ? A cette affirmation, H. Arendt a répondu, dans son essai intitulé Eichmann à Jérusalem, par une thèse qui a fait couler beaucoup d’encre : le mal, que l’on doit maintenant penser sous la figure du crime contre l’humanité, est "banal ". C’est sa thèse et ses critiques que nous allons maintenant explorer.

a) Qui est Eichmann ?

Eichmann est un lieutenant-colonel SS, "spécialiste de la question juive ". Il est chargé de l’expulsion des juifs du Reich entre 1938 et 1941 ; de 1941 à 1945, il organise la déportation des juifs d’Europe vers les camps de concentration. Il se dit lui-même "expert chargé des questions techniques de transport " (le transport dont il est question est bien entendu celui des Juifs dans les camps de concentration…).

Capturé à Buenos Aires par les services secrets israéliens en 1960, il est jugé à Jérusalem en 1961, puis condamné à mort.

Comment Eichmann a-t-il pu en venir là ? C’est ce que cherche à savoir/ comprendre H. Arendt, dans son œuvre.

b) Eichmann, un monstre : explication consensuelle

D’abord, il convient de préciser que l’explication qu’on a pu donner de sa conduite, lors de son procès, rejoint une des explications majeures de l’acte moralement mauvais : ainsi, le procureur l’a présenté comme une incarnation du démon, reprenant les explications classiques de la volonté du mal comme étant celle d’une bête ou d’un monstre, pas d’un homme :

Texte 1 : Script du film Un spécialiste

Le Procureur général Hausner : Mesdames, messieurs, Honorable Cour, devant vous se tient le destructeur d’un peuple, un ennemi du genre humain. Il est né homme, mais il a vécu comme un fauve dans la jungle. Il a commis des actes abominables. Des actes tels que celui qui les commet ne mérite plus d’être appelé homme. Car il est des actes qui sont au-delà du concevable, qui se situent de l’autre côté de la frontière qui sépare l’homme de l’animal. Et je demande à la cour de considérer qu’il a agi de son plein gré, avec enthousiasme, ardeur et passion, jusqu’au bout ! C’est pourquoi je vous demande de condamner cet homme à la mort.

Précisons que cette explication classique du cas Eichmann rencontre l’interprétation tout aussi classique de la "solution finale " : cet événement inédit a été sacralisé, sous le nom de "Shoah ", et déclaré inconcevable, indicible, bref, se dérobant par nature à toute compréhension. Vouloir comprendre la Shoah c’est banaliser le mal, c’est un scandale. En effet, comprendre, c’est se mettre à la place de ce que l’on veut comprendre, et cela reviendrait à mettre en nous le mal que l’on cherche à comprendre.


c) Eichmann, un homme ordinaire : l’explication d’ H. Arendt

H. Arendt se place en porte à faux par rapport à cette position communément défendue. En effet, elle soutient que Eichmann n’a pas été victime de mauvaises passions, et qu’il n’était pas non plus un "méchant ", un démon, un monstre, ou encore, un "être inhumain ", mais un homme ordinaire, "normal ", comme vous et moi. Elle nous dresse ainsi, tout au long de son ouvrage, le portrait d’un homme médiocre, caractérisé par l’absence de pensée (de réflexion) et par l’usage constant d’un langage stéréotypé, de clichés standardisés. Il était de plus un employé modèle, un bureaucrate méticuleux. Et c’est justement là que Arendt décèle la "source " des actes de Eichmann.

Il est un homme ordinaire victime d’un système … qui est à la base même du fonctionnement de notre société (la bureaucratie, la toute-puissance de l’Etat –malgré nos droits de l’homme…-, société de masse, où la production et l’efficacité priment sur l’individu, ravalé au rang de moyen).

Toutes ces caractéristiques de notre civilisation contribuent en effet à annihiler la conscience de l’homme, la conscience étant entendue à la fois comme principe de réflexion et comme principe de réflexion sur/ distinction entre le bien et le mal. Conformité au groupe, travail bien fait mais chacun dans son bureau, obéissance aux ordres à l’intérieur d’une hiérarchie (etc.) : selon Arendt, ce sont tous ces caractères qui ont pu faire que des hommes, et notamment Eichmann, ont commis l’irréparable.


Cf. cet extrait de l’ouvrage (op. cit., p. 97) de Ben Soussan, qui explicite bien ce que veut dire Arendt

" Le mode d’organisation de la société industrielle a envahi la société tout entière : vies fragmentées, tâches fragmentées, conscience fragmentée. Un lien étroit unit la rationalité technique à la schizophrénie sociale et morale des assassins. Eichmann, Stangl et les autres ont été des maillons d’une chaîne de meurtres, mais ils n’ont le plus souvent envisagé leur tâche que comme un problème purement technique. Cette compartimentation de l’action et la spécialisation bureaucratique fondent cette absence de sentiment de responsabilité qui caractérise tant d’assassins et leurs complices, elle suspend la conscience morale. "

 

Mais attention, Arendt ne les excuse pas, loin de ce qu’on a pu lui reprocher. En effet, elle leur reproche de n’avoir pas su pensé (d’avoir même, littéralement, arrêté de penser). C’est là le crime qui se trouve à l’origine du crime contre l’humanité. Comprendre cela, c’est selon elle permettre aux générations futures de ne pas refaire la même chose. Pensons ! Exerçons notre conscience ! Méfions-nous du groupe ! Voilà le message qu’a voulu nous donner H. Arendt.

Leçon de l’histoire : nous pourrions tous faire pareil, nous sommes tous des Eichmann potentiels … C’est ce que nous montrent les expériences célèbres de psychologie sociale, effectuée dans les années 50 par le professeur américain de psychologie Stanley Milgram.

 

Cf. Les expériences de Milgram, ou : jusqu’où peut nous mener la soumission à l’autorité ?

But de ces expériences : étudier les modalités de la soumission à une autorité reconnue comme légitime, en l’occurrence, l’autorité scientifique.

En quoi consistaient ces expériences ? Sous le prétexte d’une enquête sur l’apprentissage et la mémoire, Milgram et son équipe amenèrent des hommes et des femmes à infliger des chocs électriques d'une intensité croissante à des sujets dont on prétendait tester les capacités de mémorisation. Ces sujets, sanglés sur une chaise, une électrode fixée au bras, devaient restituer de mémoire des listes de couples de mots qui leur étaient lues. Chaque nouvelle erreur du sujet était sanctionnée d’une décharge électrique plus forte que la précédente. En fait, l’expérience était truquée : les chocs électriques étaient simulés, grâce à une impressionnante machine comportant 30 manettes échelonnées de 15 à 435 volts et assorties de mentions allant de "choc léger " à "attention : chocs dangereux " ; les sujets étaient au courant et mimaient la douleur. Ce qu’il s’agissait donc de tester, ce n’était pas réellement les capacités d’apprentissage des sujets, mais l’obéissance à des "maîtres " (ou même à une autorité reconnue comme légitime, ici, les scientifiques).

Résultats : les 2/ 3 des personnes testées ont coopéré jusqu’au bout, c’est-à-dire, jusqu’au niveau de choc le plus élevé, même s’ils le faisaient dans l’angoisse et même la protestation.

Quel enseignement tirer de ces expériences ? Que des gens ordinaires, dépourvus de toute hostilité, peuvent, en s’acquittant simplement de leur tâche, devenir les agents d’un atroce processus de destruction ". Les (véritables !) sujets de l’expérience de Milgram n’ont pas réellement torturé, mais ils ont cru le faire. Cette violence leur répugnait, et ils le disaient, mais ils ont accepté dans leur majorité d’en être les agents, et de déléguer leur responsabilité personnelle à l’université. Dans le conflit de valeurs où ils étaient placés, ils ont fait passer la légitimité conférée par l’autorité scientifique avant les principes moraux qu’ils avaient conscience de trahir.


B- La condition de l'homme moderne, le remède au mal radical ?

Cette question n’est pas présente explicitement dans l’œuvre, mais c’est bien d’elle qu’il s’agit. Les deux questions centrales qui s’y trouvent explicitées et traitées, sont celles de savoir qu’est-ce qui fait la dignité de l’homme, et l’importance de la politique. C’est donc bien une nouvelle réponse à son œuvre première, puisque ce que nous a fait perdre le totalitarisme, c’est justement cela. Si nous voulons retrouver la dignité de l'homme, et l'importance de la politique, encore nous faut-il savoir exactement de quoi on parle.

• ce qui fait la dignité de l'existence humaine, en quoi l'homme n'est pas superflu...


Analysons pour ce faire les activités principales de l'homme, et essayons de voir laquelle le réalise au plus haut point. Peut-être nous sommes-nous trompés dans la hiérarchie de ces activités... (cf. prologue et importance du travail)

• quant à la question de la politique, on verra ici que la cause profonde du totalitarisme est peut-être finalement dans l'échec de la philosophie à penser correctement les rapports entre penser et agir ...

 

 

 

 

 

 

 

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