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Faut-il rester fidèle ?

page créée le 01/01/2003

 

 

Résumé:

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Plan

Introduction

I-la fidélité, condition de toute morale (devoir moral) et de toute société (necessite sociale)

II- les conditions de possibilite ontologiques de la fidélite :la permanence a soi dans le temps (probleme de l’identite personnelle)

III- La vertu et la fidelite comme integration du changement

Conclusion

Bibliographie

 

 

 


 

Introduction

La fidélité est communément tenue pour être une grande vertu. En effet, il y a fidélité chaque fois que je conforme ma conduite à un engagement. L’homme fidèle reste constamment dans la ligne qu’il s’était d’abord fixée. Pourtant, la question qui nous est posée semble bien présupposer que " rester fidèle " est une attitude qui fait problème, puisqu’elle est à interroger. Se demander s’il faut rester fidèle, c’est demander si être fidèle est un véritable devoir moral, et, plus précisément, si cela l’est toujours. On se demandera donc s’il est toujours moral de se conformer à ses engagements ou à ses promesses. Mais aussi, s’il est possible de rester fidèle, sans par là-même porter atteinte à la moralité. La fidélité est-elle fondée, à la fois moralement et dans l’être de l’homme ?

 

I-la fidélité, condition de toute morale (devoir moral) et de toute société (necessite sociale)

La question qui nous est posée comporte une certaine ambiguïté : en effet, elle demande si on doit rester fidèle. Tout se passe donc comme si devoir d’être fidèle ne faisait pas problème : la difficulté porterait seulement sur le fait de le rester. Ainsi peut-être que " être fidèle " est une vertu, mais pas " le rester " ? La difficulté de cette distinction est que, toutefois, la notion d’attachement, de persévérance, semble bien être contenue dans la notion de fidélité. Par exemple, si je dis que je suis fidèle à ma femme, je veux dire que je respecte et que je me tiens à l’engagement d’être toujours, quoiqu’il arrive, auprès d’elle, et, plus précisément, de l’aimer toujours. Etre fidèle, c’est donc la même chose que rester fidèle. Notre distinction de départ ne semble donc pas être tenable. Si être fidèle est de l’ordre de la vertu, ou du devoir, alors, évidemment, rester fidèle sera aussi une attitude, ou un acte, qui relève de la vertu ou du devoir.

On peut ici faire appel à Aristote, qui définit la vertu, dans son Ethique à Nicomaque, comme une habitus, i.e., une " disposition acquise " : la vertu est une habitude à se comporter de telle façon, et plus précisément, à accomplir telle sorte de bien. Elle ne peut s’acquérir qu’à force de pratiquer telle sorte d’action, les actions bonnes. C’est en accomplissant des actes vertueux, qu’on devient vertueux.

Si donc la vertu est définie comme étant la constance à faire tel bien, la constance dans ses actes, plus exactement encore, comme une " disposition constante à agir selon la droite règle, qui détermine le juste milieu (entre un vice par défaut et un vice par excès) ", alors, on voit que la notion de fidélité, si elle est la constance dans nos actes/ paroles, rencontre la notion même de vertu aristotélicienne. Elle a la même définition, à savoir, la constance dans ses principes.

On dira donc qu’on doit rester fidèle puisque c’est là être vertueux au sens aristotélicien, et donc, que c’est agir conformément au devoir. La vertu suppose lac onstance, or, la fidélité est la constance même. Non seulement ces deux notions de vertu et de fidélité semblent donc se recouvrir, mais encore, peut-être la fidélité est-elle la condition même de la vertu ?

La question de savoir s’il faut rester fidèle semble donc être un faux problème et même semble mener à terme à détruire toute moralité. La fidélité semble bien être à la base même de la moralité et de tout vivre-ensemble. Demandons-nous, par exemple, si nous pouvons, quand nous sommes dans l’embarras, faire une promesse avec l’intention de ne pas la tenir. Peut-on faire une fausse promesse ? Autrement dit, si nous généralisons la fausse promesse et la rendons synonyme de fidélité : être fidèle est-il toujours un devoir ? Etre infidèle peut-il parfois être un devoir ? Pour le savoir, il suffit de se demander, comme le dit Kant dans la partie I des Fondements de la métaphysique des mœurs, si " j’accepterais avec satisfaction que ma maxime (de me tirer d’embarras par une fausse promesse) doit valoir comme loi universelle, aussi bien pour moi que pour les autres ". Si, selon Kant, il ne faut pas tenir de fausse promesse, ce n’est pas à cause des conséquences à craindre pour moi, mais ce sera dû au fait que si on le fait, alors, aucun contrat ne sera plus possible. En effet, si la fausse promesse pouvait devenir une obligation morale, alors, on ne pourrait plus avoir confiance en qui que ce soit. Cela reviendrait à dire que les promesses, engagements, contrats, etc., n’engagent pas du tout la personne qui les tient, puisque l’on voudrait ériger en loi universelle de la nature le fait de tenir une promesse en n’ayant pas l’intention de la tenir. Comme le montre encore Kant dans son opuscule D’un prétendu droit de mentire par humanité, la fidélité est la condition même de " tous les droits fondés sur des contrats, ce qui constitue une injustice à l’encontre de l’humanité en général ". La fidélité est donc un commandement sacré de la raison, et ne pas être fidèle, est un crime contre l’humanité.

Bref, on voit avec Kant que si on doit de toute évidence être ou rester fidèle, c’est pace que sans cela, aucune société ne serait viable. En effet, les contrats sont alors impossibles, car il n’y a plus aucune confiance entre les hommes. Ce devoir ou cette vertu, semble donc être la condition même de la société, qui a toujours eu tendance à valoriser les conduites de fidélité, afin de garantir contrats et signatures. La fidélité est donc non seulement un devoir moral mais également une nécessité sociale, qui a pour fonction la cohésion sociale, la paix.

Mais surtout, ce que montre encore l’analyse kantienne, c’est que rester fidèle est un devoir envers l’humanité toute entière. S’en tenir à ses engagements, à ses promesses, etc., bref, rester fidèle, c’est respecter l’autre, c’est respecter l’humanité entière (même si cette fidélité n’est qu’envers moi-même). Rester fidèle, c’est donc à la fois respecter l’autre et se respecter soi-même.

Avec cette notion de respect, non plus de l’autre seulement, mais de soi-même, on en arrive à un autre aspect de la question. En effet, " rester " fidèle est une attitude qui connote la persévérance, la permanence, l’identité. On touche ici à un aspect très important de la notion de fidélité, ou, de sa signification pour tout homme : en effet, rester fidèle, cela revient à " rester le même ". S’il est nécessaire, alors, de rester fidèle, ce n’est plus tant en un sens moral ou social, mais métaphysique : c’est sans doute parce que la fidélité a une fonction d’intégrité, en ce qu’elle me permet de m’accepter moi-même, en ce qu’elle donne à ma personne une unité, une permanence…

 

II- les conditions de possibilite ontologiques de la fidélite :la permanence a soi dans le temps (probleme de l’identite personnelle)

N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur la possibilité même de cette vertu ? Est-il vraiment possible de rester fidèle, sans porter atteinte à ma personnalité ou à celle des autres ? I.e., en définitive, doit-on toujours rester fidèle ? Rester fidèle, est-ce toujours un devoir moral ?

Il semble en fait que rester fidèle soit impossible, que ce soit une attitude qui relève seulement de l'idéal, qui ne prendrait pas en compte la nature humaine. Spinoza dirait ici, comme il le dit dans le Traité politique, I, 1, que c’est une de ces notions de moralistes qui ne considèrent pas l’homme tel qu’il est vraiment, mais comme ils voudraient qu’il soit.

Et en effet, que cette notion ne soit pas conforme à la nature humaine, nous pouvons le montrer facilement, en mettant en évidence que la constance dans ses actes est une attitude qui ne prend pas en compte la fonction du temps. Elle présuppose en effet que :

(1) on reste toujours le même : on n’évolue pas, on ne change pas ;

(2) qu’il faut rester le même : il ne faut pas changer, évoluer ;

(3) les circonstances ne changent pas : le monde reste le même, toutes les situations se ressemblent ;

(4) il n’y a donc pas de circonstances exceptionnelles (cf. fait que la morale vaut pour tous les êtres raisonnables).

Il nous faut voir si tous ces présupposés sont valides ou non.

Nous l’avons dit avec Spinoza : l’homme n’est pas un dieu. Il vit dans le temps et dans un monde gouverné par la contingence. I.e. : les circonstances dans lesquelles nous agissons sont toujours variées, originales. Or, si l’homme, comme les circonstances, n’est jamais tout à fait le même, le problème de savoir si la constance, par laquelle on définit la vertu, ne rend pas par là-même cette notion caduque, ou absurde. Mon être, pris dans le devenir, est fluctuant : que doit-on faire alors des changements introduits dans ma pensée et mes sentiments par le temps ?

La question se pose donc de savoir que faire, quand on a changé ? Faut-il rester fidèle ? Par exemple : j’ai tenu, dans le passé, la promesse de toujours rester adhérent au parti communiste. Or, j’étais très jeune et très idéaliste ; on pouvait encore croire qu’il y aurait une grande révoution, et que le monde allait devenir meilleur. Aujourd’hui : j’ai changé : je suis vieux et je suis moins idéaliste, j’ai plus les pieds sur terre ; de plus, le monde lui-même a changé, et l’on sait maintenant que le communisme n’a pas mené à un monde meilleur, loin de là. Je trouve donc que je me suis trompé, et je ne crois plus au communisme. Il y a une divergence nette entre cet idéal et ce que je suis dans mon être (= ce que je suis devenu). Que faire ? Si je romps ma promesse, je ne suis plus fidèle, je trahis les autres, je commets, comme le dirait Kant, un crime contre l’humanité toute entière. Je ne fais donc pas mon devoir, on dira que ce que je fais n’est pas bien. Car il faut rester fidèle : c’est, nous l’avons vu, un devoir moral absolu, qui ne peut accepter aucune circonstance atténuante, au risque de ne plus rien vouloir dire. Pourtant, comment négliger le fait que l’engagement tenu ne correspond plus à mes sentiments les plus profonds ? Cela ne revient-il pas à ne plus me respecter soi-même ? Et n’est-ce pas ici qu’il y a crime contre l’humanité, puisque finalement, cela revient à me mentir à moi-même, ainsi qu’aux autres (puisque mon engagement ne reflèteplus mon être) ?

L’analyse des rapports entre la notion de fidélité et la notion de temps nous permet donc de la mettre en rapport avec la sincérité. On touche ici à l’aspect intérieur de la morale : nos actes extérieurs doivent être en conformité avec notre intériorité, afin qu’ils puissent mériter l’adjectif de " moral " et de " bon moralement ". Finalement, on ne doit pas à tout prix " rester fidèle ", au sens de rester constant dans ses engagements initiaux,car c’est de cette manière qu’on détruit en effet la fidélité. La fidélité n’est plus que conformité extérieure, et donc, n’est autre qu’hypocrisie. Etre infidèle n’est donc pas toujours nécessairement contrevenir à la moralité, bien au contraire. On est ici en présence d’une attitude paradoxale : en effet, l’infidélité pourrait parfois être une trahison … qui n’est finalement pas trahison, mais véritable fidélité !

Mais alors, n’est-on pas mené à critiquer la notion de fidélité ? En effet, il semble qu’elle appartienne en définitive à une morale figée, close, comme le dirait Bergson : elle est imposée par la société afin d’assurer la cohésion sociale, avons-nous déjà dit. Elle est de l’ordre de l’immobilité, elle hait le changement. Pure fonction de conservation, elle est de l’ordre de la nature, plutôt que de la vraie morale qui innove, et invente. On pourrait dire également que la fidélité est bien de l’ordre de la morale, mais que la morale a son origine, comme le dit Nietzsche, dans le refus du changement, dans la peur de la vie, bref, elle est une invention des faibles pour se prémunir contre les forts. Et les faibles persistent à nous faire croire à un devoir de fidélité, à la supériorité de la morale, alors qu’elle ne serait finalement qu’instinct de mort.

Bref, c’est finalement pour la société qu’on se doit de rester fidèle. Mais par là il semble que naisse un conflit individu/ société. Cette dernière semblerait en effet menacer notre personnalité. C’est pour elle que je dois conformer mes actes à tout engagement passé, même si je sais que parfois, par cette attitude, je serai amené à trahir ma personnalité ou à ne pas avoir une conduite authentique, sincère, conforme à ce que je suis réellement.

Rester fidèle à soi-même semble donc aller contre l’autonomie. En effet, rester fidèle, n’est-ce pas finalement être assujetti, esclave, du passé ? Bref, cela ne revient-il pas à sacrifier notre liberté ?

 

III- La vertu et la fidelite comme integration du changement

Finalement, cette critique nous semble un peu radicale. Peut-être faudrait-il, plutôt que de nier catégoriquement qu’on ne doit pas, du moins pas toujours ou pas nécessairement, rester fidèle, ou que ce soit là une vertu, chercher une définition plus souple de la fidélité, et donc, de la vertu morale.

Ainsi, plutôt que de nier que rester fidèle soit une devoir, une vertu, sous prétexte que cela ne prend pas en compte le changement, il vaut mieux en revenir à Aristote, qui définit la vertu avant tout comme effort, comme la maîtrise de soi et des circonstances. Cela va nous permettre d’éviter, (1) d’abord, de confondre vrai changement et caprice du moment; (2) et, ensuite, de ne pas s’engager sans réfléchir (avant de s’engager, il faut se connaître soi-même, et avant de " trahir " il faut bien réfléchir).

Pour Aristote, être vertueux, c’est faire ce qu’il faut, quand il faut, comme on doit le faire. Bref, je dois trouver en toutes circonstances le juste milieu. Cela signifie que je dois adapter ma conduite/ vertu aux circonstances toujours changeantes, et ne pas savoir le faire, c’est justement ne pas avoir cette vertu. Ainsi, même si la vertu implique la constance (à toujours faire le bien) , cela n’empêche pas de la modeler : la règle n’est pas rigide mais flexible. C’est que la vertu n’est pas quelque chose d’abstrait mais de concret.

 

Conclusion

On doit donc faire au mieux, chercher à rester fidèle tout en ne niant pas tout changement, en ne niant ni son propre progrès, ni la personne de l’autre Cf. Machiavel, Le prince, chapitre 18 . Nous dirons avec Kant que si on ne devait pas rester fidèle, cela reviendrait à nier tout contrat et même l’humanité. Mais aussi, qu’il ne faut pas, en son nom, tomber dans la contradiction et nier toute liberté ou autonomie. Bref, on doit rester fidèle. Mais cela ne doit pas devenir synonyme de rigidité : il faut admettre au contraire que rester fidèle c’est parfois reconnaître que certains " revirements " ne sont pas de réelles trahisons mais au contraire des preuves de notre bonne foi/ moralité : c’est donc parois la vraie moralité.

NB : j’ai envisagé le problème d’un point de vue strictement moral, et individuel, même si dans la première partie j’ai abordé le côté social du problème (qui va avec le côté moral). J’aurais tout aussi bien pu envisager le problème sous un angle politique, comme le fait Machiavel (Le prince, chapitre 18 : le prince doit-il tenir ses promesses ?). De plus, je me suis permis d’ignorer la différence entre " vertu " et " devoir " proprement dit, i.e., entre la morale aristotélicienne et la morale kantienne.

 

Bibliographie

Aristote, Ethique à Nicomaque

Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion

Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs ; D’un prétendu droit de mentir par humanité

Machiavel, Le Prince, Chapitre XVIII

Nietzsche, La généalogie de la morale

 

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